18.09.2008

"Un tout à l'égout pour moi"

Super Sarko s'est-il contenté cet été d'aller baiser les pieds de Poutine ? Non, il a baisé les pieds de Bruni-Tedeschi. Je mets tout de suite fin aux esprits pervers croyant que notre bien aimé président est fétichiste et qu'il adore des séances SM.

Je parle de sa belle maman. Il a accepté de lui filer un coup de main concernant un problème de la plus haute importance.

En effet, le canard du 16 Août dernier avait déjà révélé que Sarko a accompagné sa belle mère à ... la réunion des copropriétaires du cap nègre. Ce qui devait être un banal bras de fer entre copropriétaires se transforme en une affaire d'état.

Sans entrer dans les détails, ces charmants riches se bagarre sur une histoire d'équipement de ce lotissement d'un réseau collectif du tout-à-l'égout.

La belle maman est partisante de ce tout à l'égout, ce qui n'est pas le cas d'autres copropritaires qui trouvent la facture salée et qui ont monté une association de défense (anti tout-à-l'égout).

En fait, ils s'en branlent complètement : ils ne veulent pas payer. C'est marrant d'ailleurs, plus tu es riche, moins t'as envie de dépenser...

Passons.

Super Sarko débarque donc dans une réunion "anonymement" accompagnant la mère de sa femme. Il promet de résoudre le problème et s'y engage en portant sa casquette NY-PD de président.

C'est là le scandale : comment un chef d'état engage un pays entier dans une histoire digne d'un reportage de Julien Courbet ?

Le pire c'est que là au moins, il tient sa parole  et a dépêché pour la réunion suivante le préfet ainsi que le maire UMP du coin. Sa proposition pour calmer les anti-assainissements : que l'état finance à hauteur de 50-70% la construction.

Je lance donc un appel à tous les lecteurs : vous avez un problème avec vos fosses sceptiques ? Une seule solution : appelez, Mr Propre* !

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* : sait aussi manier le kärsher...

05.09.2008

Visite d’accueil à l’ANAEM : Le sketch n’a pas eu lieu

 

Je veux présenter ce témoignage pour que les gens se rendent compte de l’effort que doivent faire les immigrés et le parcours du combattant qu’ils doivent traverser pour être dans les règles. On croirait que tout est devenu plus facile pour les cadres (Bac + 5 ou plus), ceux qui font partie de l’immigration « choisie ». Certes, au niveau salaires et embauche, il n’y a pas de souci à se faire, mais au niveau des démarches au près de la préfecture : c’est une toute autre histoire …

Cela fait 7 ans que je suis en France. Peu importe ! Quand on change de statut d’étudiant immigré à salarié immigré, il faut refaire toutes les procédures administratives et passer donc par la visite d’accueil à l’ANAEM(1). Ce qu’il faut savoir c’est qu’en tant qu’étudiant étranger, on dispose d’un titre de séjour provisoire renouvelable d’une année. Ce titre de séjour permet de travailler à mi temps(2) mais interdit d’occuper un emploi à plein temps.

La visite d’accueil fait partie d’un long processus pour confirmer son changement de statut d’étudiant vers salarié. Cela peut se comprendre du point de vue de l’administration française : en tant qu’étudiant, il n’est pas sûr que l’immigré reste en France. Là, s’il fait cette démarche, on est presque sûr qu’il va s’installer définitivement. C’est pour cela que le parcours a été particulièrement long et harassant.

Embauche à coup sûr

J’ai fait mon stage de fin d’année dans mon entreprise sachant que j’étais sûr que j’allais être embauché. En effet, dès la recherche du stage, il faut s’assurer d’une embauche au bout. Pour cela, j’ai dû refuser une offre de stage de AIRBUS malgré le prestige. Les recruteurs de AIRBUS m’ont assuré qu’il n’y avait aucune chance d’embauche en plein plan POWER 8.

Et comme je suis étudiant étranger, je ne peux me permettre ce risque. Faire un stage de prestige chez AIRBUS et se retrouver sans travail durant l’été peut s’avérer un piège puisqu’on peut se retrouver sans boulot et donc, sans aucun moyen de renouveler son titre de séjour en France.

La procédure de changement de statut est longue … très longue. Mon stage finissait Fin Juin, j’ai eu ma promesse d’embauche à la mi-Mai et c’est à ce moment là, qu’avec mon entreprise on a lancé les démarches. Pour vous donner un ordre d’idée, je vais recevoir ma carte de séjour durant la semaine prochaine. La procédure a donc duré un peu moins de 4 mois.

Je vous épargne les détails du dossier qu’il a fallu constituer mais ces quelques éléments sont à noter :

- L’entreprise pour engager un étranger pour la première fois doit s’acquitter d’une taxe de 1600€ pour la visite médicale à l’ANAEM.

- L’entreprise doit déposer une annonce à l’ANPE durant 3 semaines. Elle doit prouver qu’aucun candidat français ne sied au poste et que je suis leur dernier recours. Si un français se présente durant cette période, il faut lui donner la priorité sur ma candidature à compétence égale (même si j’ai fait 5 mois de stage et que l’entreprise est sûre de m’engager). Ce qui se passe concrètement, est que l’entreprise présente une offre de stage taillé sur mon profil.

Ce deuxième point est particulièrement injuste puisque le processus de sélection des candidats a déjà eu lieu lors des auditions pour les stages. Si j’ai été sélectionné, à compétences égales, entre 10 candidats dont 7 français et 3 étrangers, pourquoi refaire la procédure administrativement ?

Les moyens de contrôle ne s’arrêtent pas là puisque la DDTTEP(3) doit donner un avis favorable à mon embauche : ils épluchent mon parcours d’étudiant et vérifient si ma formation correspond bien à mon futur poste.

Autre point sensible de la procédure, le début de l’embauche. Vu que mon entreprise ne peut m’embaucher en tant qu’étudiant à plein temps, elle est obligée de faire autrement.

Du coup, la seule solution est de passer par un CDD qui durera 3 mois au maximum, le temps que j’ai ma carte de séjour salarié.

Cette longue procédure a donc des conséquences périphériques. Car, le CDD signifie pas de CDI avant 3 mois, et donc, des chances très faibles pour trouver un appartement. J’ai eu de la chance pour ma part puisque je vis avec unejolie française et que l’agence a accepté mon dossier. Ce qui n’est pas le cas de certains de mes collègues étrangers … Car, on ne peut rester indéfiniment dans les résidences étudiantes …

Finalement, pour comparer, mes collègues français ont eu leurs propositions début Juin. Ils ont eu le temps de réfléchir et surtout de chercher ailleurs pour trouver mieux. Pas de souci pour eux puisqu’ils ont commencé le 1er Juillet en CDI.

Attention : il ne s’agit pas pour moi de pleurnicher. C’est la règle du jeu : je comprends mieux le concept de travailleur immigré plus « servile ». Car avec toute la procédure à côté, je ne peux me permettre de chercher ailleurs, de faire monter les enchères au niveau salaire, de trouver une entreprise qui est prête à affronter cette procédure monstre… C’est une question de priorité.

Il s’agit juste de donner une idée.

Dernière étape : visite à l’ANAEM.

Cette visite est obligatoire pour obtenir son titre de séjour. Je me suis déplacé donc pour une demi-journée (que mon entreprise a dû libérer). J’y suis allé avec une certaine appréhension : surtout que les expériences des allées et venues vers la préfecture ne sont pas de tout repos. Car, en plus de la longueur de la file d’attente et du temps qu’il faut consacrer à, il y a une certaine ambiance oppressante à la préfecture. On est toujours sous le risque de tomber sur un agent zélé qui peut refuser votre dossier et vous obliger à des allés/retours qu’on ne peut se permettre en tant que salarié.

J’étais sûr que cette visite allait être un grand sketch bourré de clichés. Je comptais d’ailleurs m’en inspirer pour vous présenter ce témoignage écrire un sketch pour mon futur one man show.

Or … il n’en fut rien !

Première remarque : les locaux de l’ANAEM sont neufs et le bâtiment en lui-même est moderne. Nous sommes une quinzaine, ce qui contraste avec les centaines s’entassant à la préfecture. L’accueil est très agréable. Les sourires des agents qui nous accueillent rassurent. C’est un autre visage de l’administration française.

Deuxième remarque : les agents « clefs » sont des français d’origine immigrée ou immigrés eux-mêmes. Nous avons en face une France métissée : la chef de service est française à l’accent toulousain, d’origine nord africaine. La traductrice arabe est marocaine. L’assistante sociale a un charmant accent nordique.

Leur discours est un discours de bienvenue. Ils rappellent quelques principes de la république française : liberté, égalité, fraternité, laïcité. Tout cela dans le respect (loin de certains discours agressifs…).

Le parcours est simple : une visite médicale ainsi qu’une « audition » pour évaluer notre français. Mais d’abord place au … film d’accueil ! C’est la seule fausse note de cette visite.

Il y a certes quelques images agréables. Ce sont celles par exemple des manifestations ou du canard enchainé en train de se faire imprimer … C’est ce qui m’a fait aimer la France personnellement car elles illustraient la liberté d’expression, la liberté de se syndiquer et de protester…

Mais dans la majorité, le film était naïf et assez drôle.

Il explique le pays aux nouveaux venus. Je me rappelle de ce passage « La France est un pays attaché à sa culture » avec des images de vieux jouant à la pétanque !

Passons.

Juste après ce film, c’est au tour de la traductrice. Elle parle un arabe au fort accent … marocain ! J’ai mieux compris la présentation française que la présentation en « arabe ». Ce qui est assez choquant est que la traductrice a commencé son discours par « Mabrouk Ramadan ». Le joli discours de la laïcité tombe à l’eau dès le départ! Ce n’est pas parce qu’on était tous des maghrébins, qu’on est sensés être des musulmans. Mais c’est sûr que ce geste a été très bien accueilli par les autres.

C’est la discrimination positive ou plutôt, la projection dans des personnes qui nous ressemble par notre appartenance qui a mis tout le monde à l’aise (à part moi-même : je n’étais pas à l’aise avec le fait qu’il fallait nous parler en arabe, même si c’est « sympa »). Ce processus de communautarisme positif fait penser que l’administration l’utilise à son propre avantage.

Encore plus impressionnant, tous les postes clefs ont été choisis de telle façon qu’en face de nous se trouve une personne de la même origine. Le médecin par exemple, m’a parlé en arabe la majorité du temps.

J’ai été un peu choqué par cette façon de faire puisque je crois avoir compris les fondements de la république : il faut transcender sa communauté pour faire partie de la société. Or, en nous accueillant par des gens de notre communauté, on nous pousse vers celle-ci.

Mais je suppose que tout cela a été pensé pour que les nouveaux arrivants aient un premier contact positif et rassurant avec des français qui finalement … leur ressemblent.

Dernière étape est l’audition avec la chef de service pour l’évaluation de mes capacités linguistiques. Je craignais ce moment, non pas que j’aurai fait des « fote d’ortougrafe » mais j’aurais trouvé cela insultant de subir une dictée et une rédaction de CP…. Car, c’est ce qui est arrivée à d’autres collègues ayant fait la procédure l’année dernière …

Mais il n’en fut rien ! La chef de service était très accueillante et après les questions de routine, elle m’a vivement encouragé à « demander la nationalité ».

- Parce que je suis là depuis longtemps ?

«  Oui mais surtout parce que vous êtes BAC + 5. Ne tardez pas à le faire ! »

Cette visite à l’ANAEM a été agréable et malgré les déboires de la procédure : c’est une bonne idée même si son concept reste très « américain ». C’est une méthode à la Sarkozy mais qui m’a agréablement surprise malgré quelques fausses notes …

Voilà, j’ai essayé de présenter ce témoignage de la façon la plus objective possible. Les faits ont été présentés et c’est à chacun de se faire son idée.

(1) ANAEM : Agence Nationale d'Accueil des Etrangers et des Migrations

(2) A noter que ce contingent d’étudiants arrivé avec un VISA d’étude n’est pas comptabilisé dans les statistiques du ministère concernant les immigrés qui travaillent.

(3) DTTEFP : Directions départementales du Travail, de l’Emploi et de la Formation Professionnelle

(4) A noter qu’en tant qu’étudiant, il était presqu’impossible d’avoir la nationalité. Toujours à cause du concept de titre de séjour « provisoire ».

25.08.2008

Témoignage sur la Tunisie de Ben Ali

Je remets le témoignage sur la Tunisie : un article que j'ai perdu mais que j'ai publié sur Agoravox.
Bonne lecture !

Ces derniers jours, un groupe de touristes français a visité la Tunisie tout en étant médiatisé. Mes deux présidents se sont enfin rencontrés en Tunisie sous un beau soleil et leur entente fait plaisir à voir : Sarkozy tombe sous le charme de Ben Ali et va jusqu’à déclarer qu’il est venu « en ami ». Un ami ne peut pas critiquer son hôte qui lui a offert le gîte et le couvert ! On reconnaît là une certaine vision : exactement pareil, je ne peux me permettre en tant qu’immigré tunisien, reçu en « ami », de critiquer la France...

Trêve de plaisanterie, il est venu le moment pour moi de faire mon coming out de Tunisien ayant vécu sous une dictature. Depuis que j’ai appris à écrire, je n’ai cessé de penser à ce témoignage que je voulais partager. Il était impossible pour moi de l’écrire en Tunisie bien évidemment puisqu’il ne pouvait être publié ni sur le net ni sur un quelconque journal.

Je suis en France depuis sept ans : pourquoi alors ne pas avoir présenté ce témoignage dès mon arrivée ?

D’abord pour des raisons purement financières : je suis boursier du gouvernement tunisien à 50 % (les deux dernières années je suis passé à 100 % mois pour des raisons qui seront expliquées plus tard...). Je ne pouvais me permettre de perdre cette bourse vis-à-vis de ma famille qui n’avait pas les moyens de financer mes études à l’étranger. Car, il ne faut pas se faire d’illusion, critiquer le régime vous vaut la suspension de votre bourse. Aujourd’hui, je vais acquérir mon indépendance financière et je peux enfin « acheter » ma liberté d’expression en tant que Tunisien...

Ensuite, tout simplement, la peur : la peur de ne plus pouvoir rentrer en Tunisie, la peur de décevoir des amis tunisiens qui préfèrent ne pas en parler en public, la peur de trahir la Tunisie et les Tunisiens en exposant publiquement cette critique... Cela peut paraître comme étant de la lâcheté, mais je vais me racheter avec ce témoignage.

Un matin de 1987...

J’avais 5 ans à l’époque. J’étais dans la chambre de mes parents quand notre oncle a déboulé avec la nouvelle : « ça y est, Bourguiba a été destitué ». Je n’ai pas compris ce que ça voulait dire sur le moment, mais je sentais que c’était un événement historique. J’ai commencé alors à crier ma fidélité à Bourguiba, puis cinq minutes plus tard à Ben Ali : le cheminement logique de tout Tunisien en somme !

Bref, j’étais content de cette nouvelle, même si je ne savais pas ce qu’elle voulait dire !

Je me rappelle vaguement de ma mère qui a versé des larmes et de mon père qui la rassurait en lui disant que c’était plutôt une bonne nouvelle.

Mon père est ingénieur centralien qui a fait ses études en France dans les années 70 (il a même fait partie de Mai-68). Il est revenu en Tunisie à la fin de ses études pour des raisons familiales et a occupé des postes dignes de sa formation au départ. Il était directeur à la SNT (Société nationale des transports). Il pouvait gravir les échelons comme il l’aurait souhaité s’il avait pris la carte du parti unique au pouvoir. Ainsi, il aurait assuré son confort financier pendant des années en étant un PDG d’une grande entreprise nationale. Ou même ministre pour trois de ses collègues de la même promotion de Centrale Paris.

Il a même fait pire : en 1982, lors des émeutes du pain, il a pris parti pour les ouvriers et s’est fait condamné lors du procès des militants de la gauche tunisienne. Depuis, ses rapports avec les autorités étaient conflictuels. Il a toujours critiqué la façon dont était menée la politique économique dans la Tunisie de Bourguiba.

Peut-être, qu’il a vraiment cru en novembre 1987, comme tous les Tunisiens, qu’il pouvait exprimer ses idées politiques sans que cela n’interfère avec sa vie professionnelle comme cela a été le cas dans la Tunisie des années 80.

A la radio, notre nouveau président nous promettait démocratie, pluralisme et liberté !

Les années se succèdent et se ressemblent

Les jours qui suivirent, je n’arrêtais pas de découper toutes les photos des journaux de l’époque de notre nouveau président et de les coller aux murs de ma chambre. J’étais vraiment heureux comme un enfant de 5 ans qui voulait s’approprier un événement qui lui échappe.

A l’école, j’avais participé à tous les concours de dessin qui mettaient en gloire le 7 novembre 1987. Le summum a été atteint quand j’avais 10 ans et quand j’avais appris par cœur le fameux discours de notre président ! Quand je le récitais, je le faisais même en imitant la voie du président devant ma mère morte de rire ! Ce dont je me gardais de faire à l’école inconsciemment.

Durant ce temps-là, mon père continuait à travailler et espérait être reconnu à sa juste valeur par les autorités. Car, durant cette époque, les plus grandes entreprises étaient publiques et le gouvernement décidait des nominations...

Il voulait être reconnu pour son travail (il a quand même construit 15 000 logements sociaux). Une nouvelle proposition lui a été faite d’intégrer le parti, mais il a refusé. Il n’acceptait de sacrifier ses idées ni de se mettre en veilleuse pour passer sous silence des affaires de corruption...

Entre-temps, ses collègues de promotion furent récompensés puisqu’ils ont juré fidélité au nouveau président. Mon père avait un salaire correct, nous vivions dans un quartier très huppé de la capitale (El Manzah) et nous avons une belle et grande maison que mon père a fini de rembourser au bout de vingt ans. Tout cela pour dire que, malgré tout, mon père a réussi son début de carrière malgré les ennuis.

La traversée du désert de mon père

A partir de 1994, le régime se crispe. Ben Ali a organisé des élections où il était le seul candidat. C’était pour moi l’heure de vérité et de la grande déception : je me rappelle qu’on venait juste d’installer la parabole et qu’en plus d’Antenne 2 et Rai Uno, on pouvait accéder à des informations libres ! Le premier reportage qui avait mis la puce à l’oreille au pré-ado que j’étais devenu est celui de la chaîne Euronews. Sur le ton de l’ironie, elle présentait ces élections « démocratiques » dans laquelle se présentait un seul candidat et qui a été élu à 99 %...

Mon père commence à pointer du doigt des dysfonctionnements qui était liés à la corruption au sein de la SPROLS (Société de promotion des logements sociaux : la société qui gère les HLM tunisiennes).

Il n’a cessé de les dénoncer auprès de son PDG qui s’avère être un proche du régime et organisateur de ce grand mic mac !

A cause de ses gesticulations, mon père se fait muter à l’Office nationale de l’huile. Là aussi, il n’a pas les promotions qu’il mérite pour un centralien. Un certain Tlili (candidat à la présidentielle de 1999) était alors PDG et a tout fait pour bloquer l’ascension de mon père. Je me rappelle de cette anecdote. Une fois, lors d’une confrontation, mon père lui a dit que quoi qu’il décide « le destin sera du côté des bons ». Tlili lui a répondu : « Tu peux garder le destin de ton côté, moi j’ai Ben Ali avec moi ! ». Aujourd’hui, il est en train de croupir en prison après que « son ami Ben Ali » a décidé de se débarrasser de lui...

C’est tout ce système mis en place par les proches du régime et avec la bénédiction du président qui a coûté à mon père sa carrière d’ingénieur et grand cadre du pays.

Il a été bloqué dans sa carrière et sa traversée du désert commença pour durer jusqu’à sa retraite en 2002.

Même si, au niveau financier, notre famille n’a pas eu le confort d’un cadre centralien, on avait bien vécu et ses ressources financières nous ont permis de manger à notre faim (Oh le couscous de ma mère !). Ma mère en a souffert même si elle travaillait de son côté en éduquant les petits bambins au jardin d’enfant. En fait, elle ne pouvait accepter qu’à compétences égales on n’avait pas le même train de vie que les collègues de mon père. Ceux-là même qui accumulaient voitures et chauffeurs ainsi que des vacances aux hôtels les plus huppés du pays. On n’avait pas les moyens de se les payer. Elle a reproché à mon père sa décision de ne pas rejoindre le parti, mais elle l’a toujours soutenu dans sa démarche.

Surdiplômé sous-employé

Du coup, quelle carrière a eu mon père ? Un poste de directeur « conseiller » au sein de la SPROLS. En fait, les autorités voulaient que mon père lâche prise et laisse tomber ses idées pour qu’il rentre dans le rang. Mais il n’a pas lâché et a tenu le coup pendant dix ans.

Alors, que faisait mon père durant toutes ces années au boulot ? Quasiment rien ! Il partait au boulot à 10 heures et revenait à midi. L’après-midi, il n’y restait qu’une heure au plus !

Quel gâchis ! Une fois, il m’a raconté que comme on ne le laissait pas travailler, la SPROLS patinait et des projets prenaient du retard à cause des personnes « encartées » incompétentes, pourtant haut placées dans l’entreprise.

 

Un exemple frappant était celui d’erreurs de conception d’appartement de HLM qui faisait perdre des semaines au projet. Il s’y est penché en une après-midi et a fini de résoudre ce problème alors que les autres y ont passé des semaines !

 

Le plus grand perdant dans cette histoire n’est pas mon père, mais la Tunisie. Car, en l’empêchant de travailler, le pays ne progresse pas. Et je suis sûr que le cas de mon père n’est pas isolé. Si tous ceux qui ont des responsabilités dans ce pays doivent être encartés, ça laisse de côté de nombreuses personnes surdiplômées et qui auraient fait passer la croissance du pays de 6 points par an (officiellement) à 10 !

Car, avec toutes les affaires de corruption, de vol, de censure de tous les talents de ce pays, la Tunisie réussit quand même à s’en sortir économiquement (du moins officiellement).

 

Quant à la Tunisie de Ben Ali, elle te met au ban de la société si tu n’es pas un fervent supporter du président et que tu ne fermes pas ta gueule. Les journaux se sont mis au pas. Personne ne critique le président. Le quotidien La Presse met toujours notre président sur sa une. Tous ces gens n’arrêtaient pas de nous expliquer que nous vivions dans une démocratie formidable, que le président faisait progresser l’espace des libertés alors que je voyais le contre-exemple de mon père !

Ma mère m’a transmis son humour, mon père son amour de la liberté d’expression et du débat.

Cette soif de débat, de liberté d’expression, d’idées, je l’ai assouvie en suivant la vie politique... française ! Comme de nombreux Tunisiens, j’ai déplacé cette envie de liberté et ce vide démocratique vers la France. Je ne comprenais pas pourquoi la Tunisie ne pouvait m’offrir une émission des Guignols comme celle de Canal+ !

Jacques Chirac, le président français aux Guignols ! Cela me paraissait le summum de la liberté d’expression !

Et pourquoi nous, on ne peut pas mettre Ben Ali dans nos Guignols à nous ?

Bien évidemment, la liberté d’expression ne s’arrête pas là. Car, quand j’ouvrais le journal La Presse, il n’y avait que la propagande officielle. J’ai alors noyé mon chagrin dans le football où l’espace d’expression était plus large...

Pour conclure cet épisode, j’ai énormément appris de mon père : quel meilleur exemple d’intégrité que celui d’une personne qui refuse de fermer les yeux au prix de son confort personnel ? De sa carrière professionnelle ? Je suis fier de mon père et de sa grande gueule !

Alors, quand Sarkozy débarque en Tunisie pour nous dire que tout va bien dans le meilleur du monde tunisien...

La suite dans le prochain épisode...

01.03.2008

Le débat escamoté des municipales …

Immigrés sans papiers par ci, expulsions par là ... Sarkozy et l’UMP ont escamoté tout un débat qui touche de loin ou de près aux immigrés et leur intégration dans la société française.

Même la Gauche, (enfin, ça dépend de quel gauche on parle), n’ose plus évoquer ce thème.

Et pourtant, des thèmes de discussion liés aux immigrés, qu’on peut évoquer sans passion ni excitation, peuvent donner lieu à des débats intéressants.

Par exemple, un débat était né au début des années 2000 et qui n’est plus d’actualité à quelques jours des municipales : le droit de vote des étrangers aux élections locales. (1)

C’est vrai qu’aujourd’hui, ce qui préoccupe la France et les médias sont les immigrés sans papiers. La droite radicale qui se réjouit des expulsions, et la Gauche radicale (tout autant caricaturale) qui réclame la régularisation des sans papiers, ont confisqué tout débat « zen, cool, hexomil » (2) concernant les immigrés légaux.

 

To vote or not to vote

 

Si on parle d’élections municipales, on évoque notamment l’aspect local de ces élections. Il est en effet important de permettre aux immigrés installés depuis longtemps en France de participer à l’élection de leur maire.

 

Quoi de plus logique puisqu’ils vivent dans les villes et les villages depuis des années et ils sont tout autant concernés par les décisions de la mairie que les français.

 

Dans un sens, les élections municipales s’adresse aux habitants de France. Pourquoi un étranger qui réside depuis 5 ou 10 ans en France, n’aurait pas le droit de choisir son maire ?

 

Est-il nécessaire de rappeler que les immigrés travailleurs payent des impôts (dont une partie sert au fonctionnement des mairies) ?

 

Pourquoi je n’aurais pas mon mot à dire sur le travail fait par M. Moudnec et son équipe à Toulouse depuis 2001(3) (qui coïncide avec mon arrivée en France) ?

 

Je suis tout autant légitime pour apprécier ce bilan que n’importe quel Toulousain. Mais les étrangers sont nombreux et risquent de tout faire basculer ... 10.000(4) par exemple en Savoie serait privés de ce droit...

 

Le contre argument est que le vote d’une certaine catégorie d’étrangers serait marqué à gauche. L’exemple qu’ils donnent (notamment Eric Zémour) est l’accentuation des votes « éthniques ». En effet, on a bien vu lors des présidentielles que plusieurs quartiers de banlieues ont été divisés : les français musulmans ont voté pour Ségolène alors que les français catholiques ont voté pour Sarko. Même si cette information reste à vérifier, ce n’est pas le même cas de figure pour les élections locales. Le vote des étrangers ne serait pas foncièrement différent de celui des français : je pense qu’il existe un vote de classe et non d’ethnies. Et chez les immigrés, les classes aussi existent et leurs votes varient selon qu'ils soient les traders du côté du grand capitale ou des étudiants gauchistes alter mondialistes ...

 

Il existe d’autres arguments qui dessinent une vision cauchemardesque des conseils municipaux ouverts aux immigrés (pousser les élus à financer des mosquées, obtenir des horaires de piscine pour les femmes...). A ces arguments je répondrai que comme les français, des points de vue extrêmes existent partout mais il faut savoir que beaucoup d’étrangers sont laïques et savent que la loi de 1905 protègent la république et son bien être mais aussi les immigrés eux-même. Si un référendum ouvert aux immigrés était organisé sur toutes ces questions (laïcité, religion ...), on serait surpris de leurs prises de position ...

 

 

 

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Ce qui se fait ailleurs

 

Une proposition de loi constitutionnelle avait vu le jour dans les bancs de l’assemblée le 3 Mai 2000. Mais, elle n’a pas abouti puisqu’elle a été bloquée par le sénat ...

 

Comme la droite sarkozyste use et abuse des arguments du style « ... ça se fait dans les autres pays, alors pourquoi pas nous ! », je vais en faire de même. (5)

 

L’Irlande offre le droit de vote aux étrangers sans condition de durée mais en plus ... elle donne l’éligibilité à tout étranger qui souhaite se présenter sur une liste ! Récemment, Rotimi Adebari, nigérian, 43 ans, a été élu maire de Portlaoise en Irlande ! Il était arrivé depuis 7 ans (6) ...

 

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Le premier maire noir étranger d’Irlande : un nigérian ...

 

La Belgique, le Danemark, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Suède et une partie de la Suisse, relie ce vote à la durée minimale de séjour dans le pays (entre 3 et 5ans).

 

Finalement, l’Espagne, le Portugal et le Royaume-Uni accordent le droit de vote respectivement aux ressortissants de pays d’Amérique Latine, lusophones et faisant partie du commonwealth.

 

Mais au vu de tout ce que font ces pays, pourquoi pas la France ?

 


Le mot du président

 

Au niveau de l’establishment politique, (UMPS), François Hollande à l’époque était pour le droit de vote des immigrés mais aussi un certain ... Nicolas Sarkozy !

 

Il a écrit dans son livre Libre (en 2001) : « J’avoue ne pas être outrageusement choqué par la perspective de voir des étrangers, y compris non communautaires, voter pour les scrutins cantonaux et municipaux. À compter du moment où ils paient des impôts, où ils respectent nos lois, où ils vivent sur notre territoire depuis un temps minimum, par exemple de cinq années, je ne vois pas au nom de quelle logique nous pourrions les empêcher de donner une appréciation sur la façon dont est organisé leur cadre de vie quotidien » (6)

 

Je prends au mot le président de la république (quoi que, le prendre au mot ces derniers jours craint puisqu’il risque de me traiter de pauvre con...) : Ouvrons le débat M. le président !

 

Je ne me fais pas d’illusion pourtant : ça reste de la politique politicienne... Notre président toujours en campagne ne va pas risquer de se mettre à dos une frange de ses électeurs convaincus de l’absurdité du droit de vote des étrangers.

 

Conséquences

 

Plusieurs conséquences positives se feront sentir si les immigrés votent. On nous parle souvent d’intégration à la société française, voir même l’assimilation pour certains...

 

On ne peut pas trouver plus intégrateur dans la vie citoyenne que le vote. Les immigrés se sentiront finalement pris en compte et pourront donner leur avis sur leurs villes.

 

Autre conséquence, on peut espérer que dans certaines villes, le traitement des médias locaux des élections l’emporterait sur l’hystérie des médias nationaux. Grâce à cette proximité, on pourra espérer, en plus d’autre débat inhérent à la politique de la mairie, avoir accès à des discussions logiques, dénaturées de toute provocation, sur l’intégration des immigrés.

 

Certes, la mairie n’est pas dans son rôle pour discuter de la politique nationale concernant l’immigration, mais ce genre d’élections pourra faire avancer les mentalités sur la vraie situation des immigrés.

 

Un maire immigré en France

 

On peut même aller plus loin : et pourquoi pas des immigrés sur les listes électorales ? Je sais que je rêve un peu trop, déjà que les français qui sont là depuis 30 ans et qui sont d’origine maghrébine ont du mal à être sur les listes (à part les parachutés du gouvernement...). Avoir des immigrés russes, libanais ou même américains (pourquoi pas ?) sur les listes électorales n’est pas un crime !

 

En attendant, peut être qu’un jour, nous verrons un maire immigré d’une grande ville...

 

Mais est-ce qu’il aura ses papiers ? ...

 

______

 

(1) A noter que les étrangers ressortissant de l’Union Européenne ont le droit de vote. Ils l’ont fait pour la première fois en 2001. Pourquoi pas nous ?

 

(2) Célèbre réplique du Sarkozy en Latex dans les guignols...

 

(3) Même si c’était Douste qui avait été élu à l’époque et remplacé par Moudenc quand Ouste Douste était appelé à d’autres fonctions dans le gouvernement de l’époque ...

 

(4) Une belle initiative du collectif savoyard contre les racismes : A voir le reportage de France 3 locale ici http://rhone-alpes-auvergne.france3.fr/info/elections-mun...

 

(5) http://www.senat.fr/lc/lc154/lc154.html

 

(6) Comme moi ! Rassurez vous : je ne serai jamais maire de Toulouse...

(6 bis) Source : http://www.lemonde.fr

 

(7) http://www.re-so.net/spip.php ?article1760

 

24.01.2008

Citation du jour : Balkany Show

Je n'ai pas eu le temps de me connecter ces derniers jours. Ce sont mes dernières heures à l'INSA en tant qu'étudiant. Bientôt, je serai un bon stagiaire.

Bref, je poste cette petite note sur la citation du jour faite par Patrick Balkany. C'était sur Canal plus entre midi et deux sur l'émission "Edition spéciale" spécialement ennuyante sur la 4. (J'attendais le zapping...).

Il s'insurge contre le concept d'élections locales dépolitisées en déclarant - je cite -

"Toutes les mairies de droite gèrent mieux les finances que celles de gauches"


Que aaaaah ???(1)

Monsieur Balkany qui, rappelons-le, a été condamné pour diverses malversations et détournement de fonds publics. L'une des plus célèbres de ces malversations est l'emploi de trois agents municipaux pour son propre usage personnel : peut être pour nettoyer ses chiottes et cacher des dossiers dans son placard.

Plus de 523 897,96 euros de salaires à ces trois agents !!!
Et ce mec vient à la télé se permettre de balancer de donner des leçons de morale aux maires de gauche (ou de droite, le problème n'est pas là).

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Le pire dans tout ça c'est la réaction minable des pseudo chroniqueurs présents : Ils ont tout simplement pas réagi ...

Je vous invite à lire la fiche wiki(2) de ce personnage (qui, rappelons-le, très proche du président). Il a essayé à plusieurs reprises de la faire modifier : l'outil wikiscanner a permis de détecter que les suppressions de la catégorie "Détournement de fonds publics et usage particulier de personnel municipal" provenait de la mairie Levallois-Perret dont M. Balkany est le gestionnaire.

Donc, ce sinistre personnage qui, rappelons-le, est dans les bagages du président à chaque grand voyage, se pose en moralisateur(3) et bon gestionnaire financier alors qu'il n'a fait que gaspiller l'argent du contribuable. Incroyable ! 

Décidément, comme l'a dit Chirac, "Plus c'est gros, plus ça passe !"  

 

_______________

(1) Citation du célèbre Bullit de "Qui a tué Pamela Rose ?" avec Kad et O. Je parle de la série qui passait sur Comedie! et non du film pourri du même nom.
(2) http://fr.wikipedia.org/wiki/Balkany

(3) La vie privée est privée, mais là, cette tirade m'oblige à vous faire part d'un fait qui montre la sincérité de la  moralité de ce personnage : "En 1997, sa maitresse l'accuse publiquement de l’avoir forcée à pratiquer une fellation sous la menace d’un 357 magnum puis retire sa plainte." (Toujours selon La fiche Wiki).

18.09.2007

Lettre ouverte à Brice Hortefeux

Monsieur le ministre de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du co-développement,

 

Je vous adresse cette lettre en tant qu’étudiant tunisien installé à Toulouse depuis six ans.

 

Votre qualité de ministre, qui vise entre autres à s’occuper de ma condition en France, m’oblige à attirer votre attention sur quelques points de votre politique et celle du président français M. Sarkozy. Je suis heureux que maintenant, grâce à ce ministère tant décrié, je puisse trouver un interlocuteur qui soit là pour s’occuper des questions qui me concernent.

Si vous le permettez, j’aimerais orienter mon propos selon quatre axes qui ne sont autres que l’intitulé de votre ministère. Je pense qu’effectivement ces quatre points se complètent parfaitement. Si on met l’accent en même temps sur l’immigration, l’intégration, l’identité nationale et le co-développement, on ne peut mener qu’une action logique et objective.

 

Tout d’abord, avant toute action dans le domaine de l’immigration, il me semble indispensable d’ouvrir un grand débat national sur ce sujet en invitant tous les protagonistes : les préfets et la police, les associations d’aide et de défense des immigrés mais aussi les immigrés eux-mêmes.

Car, M. le ministre, nous sommes des personnes capables de nous défendre par nous-même et de dialoguer avec vous objectivement pour essayer de dresser un état des lieux.

 

En effet, je ne trouve pas normal que soit fixé un taux de reconduite à la frontière chiffré à 25.000 immigrés clandestins par année. Alors qu’il n’existe à ma connaissance aucune donnée statistique officielle sur le nombre d’immigrés qu’ils soient détenteurs ou non de papiers.

De quels pays viennent-ils ?

Quelles sont leurs activités, leurs âges, leurs revenus et leurs conditions de vie ?

En somme, peut-on réfléchir sur un sujet si sensible sans avoir en main toutes les données nécessaires ?

Vous disposez certainement de ces statistiques, alors, j’aimerais qu’elles soient rendues publiques afin que le débat puisse avoir lieu.

Beaucoup de préjugés existent sur nous les immigrés et sur l’immigration. La mention « seulement » 5% des immigrés (1) sont entrés en France avec le motif de travail en est l'exemple le plus frappant. Cette phrase insinue que les 95 autres pour cents sont en France pour profiter de sa protection sociale et ainsi grossir le rang des chômeurs. Or, une personne qui demande le regroupement familial avec son épouse et ses enfants, ne va pas supporter à elle seule le lourd poids financier que représente la prise en charge de deux ou trois individus. Donc, les épouses qui rentrent en France grâce au regroupement ne sont pas là pour rester les bras croisés. La plupart d’entre elles travaillent ou font des études.

 

Car contrairement à l’image répandue dans les médias, les familles africaines ou maghrébines ne laissent pas leurs femmes à la maison en France : surtout s’ils ont 3 ou 4 bouches à nourrir, à habiller et à éduquer. La génération « perdue » de français issus de l’immigration s’est égarée parce que leurs parents ne pouvaient se permettre de travailler moins. Leur absence a pesé lourd puisque dans la plupart des cas, ces personnes ont dû travailler dans les métiers réputés durs comme dans le bâtiment, le ménage ou la restauration … et ceci pendant de longues heures. Cela ne signifie pas que la famille « française » de souche n’a pas ces difficultés. Mais, un enfant d’immigré a besoin d’un encadrement supplémentaire car ses parents sont eux-mêmes déstabilisés par la nouvelle culture du pays d’accueil.

 

Les étudiants ne sont pas comptabilisés dans l’immigration pour motif de travail. Cela n’est pas logique puisque ceci veut dire que les étudiants ne travaillent pas. Comme vous le savez, nous possédons une autorisation de travail temporaire.

Ainsi, nombre de mes collègues n’ont pas la chance de posséder une bourse ou les moyens financiers nécessaires pour vivre. Ils doivent donc travailler plus et ainsi étudier moins. Il suffit d’aller dans le métro et de discuter avec les agents de sécurité, vous y verrez des étudiants en thèse algériens, des doctorants marocains et des diplômés sénégalais.

 

M. le ministre,

 

Je comprends votre souci de réduire le flux migratoire mais permettez moi de vous dire que ceci ne signifie pas le durcissement des conditions d’entrée en France même pour une visite touristique. J’en ai fait la malheureuse expérience puisque l’année dernière, mon frère n’a pu venir me visiter en France. La raison évoquée est qu’il est jeune et risque de fuir et ainsi devenir clandestin.

Les conditions d’entrée en France sont déjà assez drastiques et le regroupement familial quasi interdit. Si plusieurs de mes compatriotes vivant en France se sentent obligés de se marier avec une personne au pays c’est que l’aspect d’intégration a échoué. 

Et si l’immigration clandestine parait élevée, ce n’est pas en durcissant les conditions d’entrées qu’elle va baisser. La solution est dans le quatrième axe qui est le co-développement.

« La France ne peut supporter toute la misère du monde » et c’est vrai. Ce drame humain qui pousse des milliers de jeunes à se jeter à la mer ne peut être résolu que si le pays de départ de ces candidats à l’émigration connaît un meilleur développement.

Je ne demande pas l’ouverture totale des frontières ni la régularisation de TOUS les sans papiers. Nécessitent la régularisation : les sans papiers ayant une attache en France. Ainsi, on leur évite d'être reconduit à la frontière comme du bétail. Et ceux qui travaillent au noir. Ils doivent être mieux protégés par le droit social. Ce travail au noir nuit aux travailleurs clandestins et à la santé économique de la France.

En les régularisant, ils peuvent aider ainsi le pays d’accueil en payant des impôts, mais aussi les familles africaines en leur envoyant de l’argent. Car plusieurs villages ne vivent qu’à travers l’aide que leur transmettent les quelques immigrés travaillant en France. Et en aidant ces villages à se développer, vous baissez ainsi le taux de candidats à l’émigration clandestine.

Au lieu de renforcer les contrôles d’identité au faciès, au point d’exaspérer vos compatriotes français d’origine maghrébine ou africaine, il vaut mieux proposer aux clandestins récents une aide au retour assez conséquente (qui sera partagée par la France et le pays de départ). Je suis conscient que cette mesure peut paraitre impopulaire aux yeux des immigrés, mais elle leur permettra de mieux redémarrer chez eux. 

Pour cela, le co-développement est indispensable pour la réussite de cet aspect de votre politique.

 

M. le ministre,

 

L’intégration des immigrés est un autre axe s'avérant crucial dans la réussite de ce pays qui est la France. La plupart des étudiants que je connais ont développé des compétences qui seront plus utiles ici que dans notre pays. Par exemple, dans ma branche d’ingénierie, celle de mathématiques et modélisation orienté vers l’aéronautique, il est clair que les perspectives de travail sont exclusivement françaises.

C’est pour cela qu’une grande majorité des nôtres souhaite rester et s’intégrer à la société française.  Contrairement à la génération précédente qui n’a pas eu la chance de s’intégrer, nous avons les outils et la culture pour faire partie intégrante de la France. Nous savons lire, écrire, réfléchir, respecter la laïcité et honorer la république. Nous connaissons l’histoire de France, nous suivons la vie politique et nous ne sommes pas là pour imposer telle ou telle religion.

En plus, notre position singulière d’étudiants ayant eu un cadre culturel stable nous permet de communiquer avec l’ancienne génération et les réconcilier avec la république. Notre connaissance parfaite des nos deux langues maternelles le français et l’arabe nous rapprochera de la nouvelle génération.

Le fait de nous stigmatiser ne fait qu’ébranler encore plus la confiance qu’accordent les immigrés à votre pays. A cause des préjugés que véhiculent les uns et les autres, je remarque que beaucoup de mes collègues immigrés se renferment dans leurs communautés respectives.

Ainsi, il est plus difficile de quitter sa communauté pour s’intégrer à la république française. Les couples mixtes sont de plus en plus mal vus. Etant moi-même dans ce cas, cette vie multiculturelle m’a enrichi puisque cela m’a permis de mieux comprendre la culture française. Malheureusement, les deux communautés n’acceptent pas facilement cette façon de vivre.

Et pourtant c’est la multiplication de ce genre de mélange qui pourrait intégrer le maximum d’immigrés et réduire ainsi le regroupement familial. Le renforcement des contrôles des mariages ne fait que marginaliser ce genre d’union. Je comprends votre lutte contre les mariages blancs mais il faut donner leurs chances aux vrais mariages pour qu’ils deviennent la meilleure façon d’intégrer les étrangers.

Quand aux immigrés résidant en France depuis plus longtemps, ils n’ont pas besoin de clichés mais de reconnaissance de la part de l’état français. La majorité écrasante de ces travailleurs a participé (sinon fait) les trente glorieuses. Ils ont été obligés de quitter leurs pays dans les années 60 et ont fait le succès de la France. 

En ce qui concerne leurs enfants et leurs petits enfants, celle qu’on appelle la troisième génération, la solution est de les intégrer par le travail. Pourquoi ces jeunes n’ont pas le droit de faire partie de l’économie officielle française et non souterraine ?

Quand l’ancien premier ministre Edouard Balladur décide en 1993 de créer des zones franches dans les banlieues pour inciter les entreprises à s’y installer, l’effet espéré est l’emploi de ces jeunes. Or ces entreprises n’ont pas voulu en engager. Quand des jeunes voient leurs grands frères diplômés se démener pour finalement rester chômeurs, leurs seules envies sont de gagner de l’argent autrement.

« Pourquoi mon fils ferait une grande école ? La France n’en veut pas de mes enfants » : voilà ce que pensent les mères de familles désespérées. Où est donc la méritocratie M. le ministre ?

 

M. le ministre,

 

Les immigrés installés en France depuis peu ou depuis longtemps ainsi que leurs enfants français ne peuvent pas intégrer la société française si la notion d’identité nationale n’en fait pas de même. Elle évoluera avec leur intégration.

Beaucoup d’analystes pensent que la France a mieux intégré les italiens, les espagnols ou les portugais parce qu’ils ressemblaient aux français, qu’ils avaient la même culture et la même religion.

Or, toutes les religions sont solubles dans la république. Personne n’a envie d’imposer la charia en France. Les musulmans veulent être respectés comme sont respectés les chrétiens, les juifs et les athées.

Pour cela, il est vrai que nous devons faire des efforts, que notre religion doit s’adapter à la réalité républicaine. Nous sommes prêts à le faire si la France nous accepte et arrête de nous traiter comme des éléments dangereux pour la république. Nous n’avons qu’une envie c’est de nous intégrer et d’être traités comme tout le monde.

Ce n’est certainement pas en autorisant les tests ADN pour le regroupement familial que la communauté musulmane de France aura l’envie de s’intégrer et de renforcer le sentiment d’appartenir à l’identité française.

Les démarches pour obtenir la nationalité ne facilitent pas non plus le sentiment d’appartenance à la France. Pourquoi un étudiant devrait-il justifier de 3 ou 5 ans de vie en France hors étude pour être français ?

Si on montre notre volonté d’intégration, notre compréhension de l’identité française, je ne vois pas pourquoi on aurait autant de mal à obtenir la nationalité. De plus, si vous voulez que les immigrés participent à la richesse nationale, pourquoi rendre les conditions d’obtention d’un séjour de longue durée draconienne ?

Quand un étranger veut travailler, veut servir ce pays, pourquoi doit il faire un véritable parcours du combattant pour avoir des papiers ?

Vous ne croyez pas qu’en rendant toutes ces démarches draconiennes, vous ne faites qu’accentuer le sentiment d’injustices au sein des immigrés intégrés et les français d’origine maghrébine ?

 

M. le ministre,

 

Si vous voulez réduire le flux d’immigrés clandestins, il n’y a qu’une seule solution efficace à long terme. Mettre toutes les énergies pour renforcer le co développement. Les maghrébins sont très attachés à leurs pays, ils vivent un véritable déchirement quand ils sont obligés d’émigrer en France. C’est une rupture dans une vie d’une personne contrainte à l’exil. Et pourtant, nombreux sont ceux qui tentent le coup parce qu’ils croient que la vie en France sera moins dure que dans leurs pays.

Le développement des pays Africains est crucial : si aucune politique commune n’est menée pour améliorer leur sort, les réfugiés économiques ne seront que plus nombreux. Développer un pays émergent ne signifie pas lui donner la seule possibilité de s’enrichir économiquement. Plusieurs pays ont besoin d’une bouffée d’air, de liberté et de démocratie. Si les islamistes n’ont qu’à se ramasser pour recruter des jeunes désespérés au Maghreb, c’est parce que la plupart des pays maghrébins n’ont pas connu leurs secondes indépendances. Débarrasser l’Afrique des totalitarismes, des dictatures, de la corruption permettrait à la France de réduire le flux des émigrés.

Bien évidemment, la France ne peut à elle seule gérer tout ces problèmes. Les élites des pays du tiers monde, l’Europe, les états unis ont la solution entre leurs mains.

 

M. le ministre,

 

Je comprends que votre appartenance politique ne vous permet pas de traiter ce problème d’une façon plus humaniste. Faire du chiffre est une obligation que vous a imposée le chef de l’état. Mais cela nécessite que vous vous rendiez compte que derrière ces chiffres, il existe des familles, des pères séparés de leurs enfants, des femmes livrées à elles-mêmes, des vies brisées et certainement un frein à l’intégration des immigrés.

Je voudrais ajouter que je parle en mon propre nom, je ne représente aucun groupe en particulier. C'est une initiative personnelle. 

J’ai bien peur que tout ce que je vous ai écrit ne rentre pas en ligne de compte lorsque vous appliquez votre politique. Mais je peux vous assurer que si on continue à agir ainsi, en stigmatisant les immigrés, en marginalisant les générations de français maghrébins et africains, la France ne pourra pas redécoller économiquement et socialement,

En attendant votre réponse, veuillez agréer M. le ministre mes salutations les plus républicaines,

Sincèrement,

Bayrem.

 

_______

(1)    http://www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/immigrati...

10.09.2007

Rugby : territoire de la sarkozye

La France et Toulouse (ma ville que j'aime bien) vivent à l'heure du Rugby. La coupe du monde a démarré Vendredi dernier et pourtant, à la télévision elle a commencé bien avant. Le Rugby est devenu le sport à la une au point de rentrer de plein pied dans la politique à moins que ça soit la politique qui soit venu le chercher.

 

Rugby : beauté du jeu ?

 

En tant que Fan de Football et venant d'un pays à très faible tradition « Rugby », je n'ai jamais aimé ce sport. D'abord, il n'y a pas d'action dans le jeu. Ça s'éternise dans les mêlés où on voit que des culs et des têtes. La forme du ballon n'a cessé de m'énerver aussi : tu te dis que le ballon va partir devant et on le voit qui rebondit 10 mètres en arrière.

En plus, ils sont trop nombreux : 15 ! Et sans gardien de but, sans créateur de jeu : Il y a bien le mec qui tire les essais mais c'est rien par rapport à un vrai n° 10. 

 

€Sport de riches€

 

Le rugby est un sport de pays riches. Il ne dépassera jamais le foot. Je me rappelle dans ma jeunesse en Tunisie, il suffisait de trouver deux grosses pierres pour qu'elles jouent le rôle poteaux de la "cage", un ballon, trois quéqués et c'est parti pour des heures de foot. C'est vrai que j'ai toujours été nul et à force de rester gardien de but (oui, les gardiens ce sont ceux qui ne savent pas jouer), je suis devenu le meilleur du quartier (le meilleur, faut pas exagérer, le moins pire disons…)

Donc, dans tous les pays du monde, on peut pratiquer le ballon rond.d4672ae423f8b9aa5c2b4b3cf0278b35.jpg

Le Ballon ovale ?

Où est ce qu'on va trouver deux poteaux de 50 mètres de haut ?

Et une équipe de 15 joueurs ?

Vous voyez des jeunes enfants dans une cours de récréation en train de faire une mêlée ?

D’ailleurs, ce qui confirme que le rugby est un sport de riches, les plus turbulents joueurs de l’EN de rugby de France sont étrangement de Droite. (Désolé, mais je considère que la droite est pour les riches). Il n’y a qu’à voir la vidéo de Dominici soutenant Sarkozy parce qu’il représente (sic !) les valeurs de l’ovalie, la solidarité et l’abnégation …

 

Vidéo à savourer (Lien dailymotion Clic gauche)

 

Alors que l’EN de foot représente peut être les valeurs de l’argent, les grosses voitures, les racailles de banlieues. C’est vrai que c’est le cas pour la plupart des joueurs mais pas Thuram le seul qui ose critiquer ouvertement le nain euh Sarkozy.

Evidemment, il ne faut pas nier que le foot est le premier sport à avoir ouvert la voie au grand sponsoring, la publicité, les contrats faramineux et les joueurs … Mais c’est le cas aussi du Rugby.

Donc, quand Passe partout euh … Sarkozy apparaît avant le match pour nous dire que le rugby n’a pas été pénétré par les puissances d’argent : ça me fait rire !

Il n’y a qu’à voir toutes les publicités qui passent avant les matchs ! Il y a un parfum de CM 2002 car on dirait que les joueurs ont passé plus de temps à tourner les pubs qu’à s’entraîner. Des shampoings pétro l’âne,  aux hakkas néozélandais récupérés lamentablement par Adidas, on peut même se faire sa carte bleue rugby avec la société générale et son grand pouce géant (qui devrait être le grand doigt du milieu à force d’enculer les gens …).

Evidemment un des inconvénients d'un sport populaire est son utilisation par le pouvoir politique. Combien de pays s'est retrouvé en euphorie après une victoire.

Le football peut canaliser les frustrations des peuples surtout dans les pays pauvres. Il devient une soupape de sécurité. Mais, à la moindre contre performance, il se transforme une arme à double tranchant.  En France, un pays qui n’a pas une très forte culture footballistique, la CM 98 a permis de hisser une équipe au rang de symbole de réussite.

 

Récupération politique

 

C’est l’objectif que veut s’approprier le nouveau président français Nicolas Sarkozy (je ne m’y ferai jamais qu’il soit président). En effet, il table sur un succès de cette équipe pour faire oublier les mauvais résultats qui se profilent à l’horizon. Avec Bernard Laporte qui va rejoindre le gouvernement, le coup serait double d’autant plus que si le promoteur de Madrange gagne la coupe du monde.
 

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Or une coupe du monde ne se construit pas avec des annonces comme en politique.

Il faut se rappeler que la France en 98 n’était pas du tout favorite et de plus, Jacquet était complètement décrié par tous les journaux. Son homologue de rugby lui connaît un cancer de louange suspect…

Sarko risque gros sur cette affaire surtout si les français s’intéressent de près à la relation étrange qui relie les deux hommes. Un petit rappel (merci le canard enchaîné) : si Laporte aime beaucoup le nouveau président c’est parce que celui-ci l’a bien ménagé lorsqu’il était ministre de l’intérieur avec des autorisations d’ouverture de Casinos.

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Hé oui, le porte monnaie de Laporte ne se remplit pas qu’avec des publicités de jambon : il possède quelques casinos dans le sud ouest qui lui permettent de bien arrondir ses fins de mois.

 
Hooliganisme

 

Autre critique qu'on peut adresser au football : le hooliganisme. C'est un problème : c'est vrai que dans le foot nous sommes violents. Dans un stade du sud (de Marseille jusqu’à l’autre rive de la méditerranée), tu as l'impression que la colère populaire peut exploser à n'importe quel moment. Mais, à longueur de journée, dans les médias, on n'arrête pas de nous chanter "l'esprit Rugby". Certes, le hooliganisme n'est pas dans les gradins mais il est ... dans le terrain ! Bravo l'esprit Rugby où il suffit d'arracher l'oreille de son concurrent, où le but est souvent de mettre à genou un joueur clef de l'équipe adversaire en lui distribuant allégrement une petite manchette au niveau du cou.

Il n'y a qu'à voir le chouchou des médias : Chabal (mi homme, mi animal).

Pour résoudre le problème du hooliganisme dans le football, il suffit de convertir les pires éléments du public en joueurs de Rugby et le tour est joué.

09.09.2007

Soral à Toulouse : chronique d'une visite

Quel est le point commun entre Soral, Besancenot, Royal et Jean François Kahn ? Ils sont tous passés à Toulouse en cette année électorale. Ils sont venus exposer leurs points de vue des élections pour certains et gagner des voix pour les autres. J’ai eu la chance d’assister à toutes ces rencontres et dans cet article, je vais vous relater la soirée avec Alain Soral.

Si je vous dis que j’ai assisté à une réunion de discussion animée par Alain Soral une des plumes de Jean Marie Le Pen lors du discours de Valmy prononcé à l’occasion des élections présidentielles, vous imaginez que, vu que je suis immigré maghrébin, je suis rentré chez moi avec un gros cocard à l’œil tabassé par des skinheads fascistes. Si je vous dis que cette réunion a eu lieu place Jeanne D’Arc en plein centre de Toulouse, vous imaginez des manifestations Bleu Blanc Rouge où on aime détester l’arabe, le noir, le juif, les femmes et tous ceux qui ne sont pas comme les autres. Si j’ajoute que Alain Soral est proche de Dieudonné alors vous vous dites que la coupe est pleine et que je dois être « détraqué du cerveau » d’aller à ce genre de réunion où on est antisémite.

Si ce sont les premières images qui vous viennent à l’esprit alors vous subissez ce qu’on vous matraque à longueur de journée dans les médias. Il est urgent pour vous de réfléchir sur le sujet et essayer de vous documenter. Par contre, si vous avez suivi les interventions de Soral dans « tout le monde en parle », si vous avez lu quelques uns de ses livres, si vous avez suivi sa démarche intellectuelle, si vous étiez dans cette salle ce 1er Juin 2007, alors, ça ne vous choque pas que j’aille participer à cette soirée républicaine.

Un débat républicain

C’est quand même ce mot « République » et ces débats « républicains » qui font l’exception politique française. Malgré l’élection de Sarkozy, beaucoup d’entre nous restent convaincus que la France est et restera toujours le village gaulois qui refuse de se rendre. C’est le message optimiste qu’on peut garder de la soirée. La rencontre a eu lieu donc dans un hôtel place Jeanne D’Arc. Tout un symbole : Jeanne D’Arc la résistante française qui est devenue symbole pour le Front National. Symbole kidnappé pendant les élections non pas par les anglais cette fois mais par Sarko et Ségo dans une superbe surenchère nationaliste. Il est 20h, la salle est petite mais déjà pleine. Aucun skinhead en vue, aucun facho non plus mais au contraire : une salle à l’image de la diversité ethnique de la France.

Il y a des banlieusards, des arabes, des noirs, des blancs, des tatoués, des gars aux cheveux longs, des jeunes filles aux cheveux courts ... L’association qui organise a un très beau nom « Egalité et réconciliation » . Egalité pour tous, réconciliation entre tous, c’est cette idée que le staff de campagne de Jean Marie Le Pen a voulu faire passer du grand menhir. D’ailleurs, c’est Marine Le Pen partisane de cette dédiabolisation qui a rapproché Soral de Jean Marie. Mais comment alors Alain Soral ex partisan du Parti Communiste, défenseur de la jeunesse banlieusarde victime de la « misère du désir » est passé au Front National ?

Provocation ?

Coup de pub ?

Ex punk ?

C’est toute la question qui m’a taraudé pendant des mois mais que j’ai réussi à comprendre. Ceci dit, comprendre ne veut pas dire soutenir. Je comprends le raisonnement, je le trouve même logique. Etant ma formation scientifique, il est encore plus étonnant de mettre à rude épreuve cette notion de « Tout est Blanc ou tout est Noir ». Déjà à l’époque où il était au Parti Communiste, Soral demandait un rapprochement stratégique du PC vers le FN. C’est ce qu’on a appelé à l’époque les rouges bruns.

En écoutant le discours de Soral, on ne peut pas lui reprocher son amour de la France. Qui n’aime pas son pays ?

Américanisation des élections

Pour cette soirée donc le thème était un classique en ce début du mois de Juin : « L’après 2007 ou la mutation du visage politique de la France » Pour analyser ces élections, Soral part d’un constat simple : « on » nous a vendu une élection à l’américaine. Ne vous cassez pas la tête, nous allons voter pour vous. Deux grands candidats qui symbolisent : le Parti Républicain et son chef conservateur, supporter de Bush qui plus est, en la personne de Sarkozy. Et le parti démocrate et sa chef qui représente les « li-li-bo bos » : comprenez les « libéraux-libertaires bourgeois-bohèmes ». Si on observe les élections présidentielles avec du recul, on ne trouvera pas la théorie de Soral aussi aberrante.

Nous sommes tous d’accord pour dire que le système mondialisé d’aujourd’hui a détruit les cultures nationales au prix de la vision hégémonique des états unis. Il a tout importé chez nous. Musique, Films, politique, restauration rapide : nous avons le choix entre américain et américain. A part les composantes locales, toutes les villes de France se ressemblent. Pour se restaurer par exemple et finir aussi obèse que Carlos le chanteur, il y a le Mac Do et ses dérivés (Burger King, Quick la copie belge, ...). Au cinéma, c’est le même topo : 7 films sur 10 à l’affiche viennent d’Hollywood et a priori nous recevons que les meilleurs films.

Il restait donc pour bien pénétrer et dissoudre la culture française, l’importation tout simplement du mode de scrutin américain avec son show médiatique, ses strass et ses paillettes et son grave vide idéologique.

Sacre de Sarko
Sacre de Sarko
Show à l’américaine : écran géant, couleurs et jeux de lumières...

Pourtant, l’auteur ne parait pas faire une fixation contre ce pays. Ses détracteurs diront que sa théorie sur les présidentielles est le fruit d’une paranoïa bien gauloise qui aime détester le « ricain ». Mais il explique bien les deux points de vue qu’on nous présente. Le premier représentent les conservateurs ce qu’il appelle les « Libéraux sécuritaires ». Et de l’autre côté, les démocrates qui représente les « libéraux libertaires ». Il ne s’agit plus d’une gauche qui lutte pour le peuple, mais une gauche qui est résigné à la réalité du marché économique. Le libéralisme est la nouvelle base idéologique de toutes les gauches « modernes » en Europe sauf la vieille gauche française archaïque.

Le but donc est simple : mettre au pas cette gauche française. Il reste donc les petites nuances entre les deux conceptions. Liberté ou sécurité : pour contre le mariage homosexuel, pour ou contre l’avortement, la peine de mort ... L’emballage a changé mais le fond reste le même selon l’auteur. On accepte le libéralisme et on attire l’attention des gens sur ce qui ne touchera pas de près ou de loin à l’économie de marché. Donc, deux choix sont possibles le « Sécuritaire » et « le libertaire ». Quoi qu’on dise nous avons joué le troisième tour des élections de 2002 et ce dès le premier tour. Avec son style provocateur et atypique, Alain Soral passe alors tous les candidats au peigne fin.

De Droite à Gauche

A ma droite : Nicolas Sarkozy évidemment, le futur président pour qui cette élection est taillée... malgré sa taille. Il a tout pour lui : un des seuls à avoir soutenu la guerre en Irak, ami de tous les grands patrons et en prime le grand chouchou des médias. L’un des points forts de sa campagne est d’avoir réussi à convaincre le « bon » peuple de France mais aussi toute la bourgeoisie française comme dit Soral. Cette bourgeoisie qui en 2002 a voté en masse pour Le Pen a glissé vers Sarkozy comme il le constate. Malheureusement, les élections présidentielles font toujours des cocus et les catégories populaires pourraient en faire partie.

A ma gauche : Ségolène Royal curieusement, celle qui est classée la moins à gauche du PS. Elle est sortie d’on ne sait où et représente selon Soral la nouvelle « vaginocratie » qu’on veut nous vendre. En effet, la féminisation de notre société a fait qu’il était évident qu’une femme soit présente au second tour pour rassurer tout le monde.

Car l’auteur de pamphlets n’a pas froid aux yeux et assume sa virilité alors que la pensée unique de nos jours fait qu’à longueur de journée on nous vent les Clémentine Autain, les Isabelle Alonso...

L’analyse du philosophe se poursuit en décrivant l’avènement de Bayrou sur la scène médiatique. Bayrou a profité des bons scénarios de Hollywood pour calmer la colère du peuple de France. On sentait que les gens en avaient marre de cette vision bipolaire gauche droite, alors on a poussé Bayrou pour éviter que Le Pen ne lui ravisse sa place.

Mais les mots les plus durs sont pour ses ex compagnons de la gauche de la gauche. L’effondrement du PC était prévisible puisqu’il s’est coupé de sa base populaire qui est partie vers Le Pen. On peut conclure donc que le revirement de Soral n’est pas si absurde que cela. Il faut accepter bien évidemment le fait qu’au FN, il n’y a pas que des fascistes. Le penseur français espère bien tirer ce parti vers la gauche. Mais on se dit donc, pourquoi partir vers la droite quand on sait qu’il y a la LCR qui elle contrairement au PC, n’a pas participé au gouvernement de Jospin et à la « trahison du peuple de gauche ». Or Soral montre que justement la LCR depuis sa création avait un seul but : la destruction du PC.

Soral Vs Besancenot

Donc tous les naïfs comme moi avaient tort de croire au grand rassemblement de la gauche antilibérale. C’est comme si vous réunissez dans le même groupe IAM et NTM. Mission impossible. Le passé est lourd entre les deux formations politiques. Malheureusement, les jeunes de notre génération n’avons pas connu cette donnée. Ça aurait pu éviter que Besancenot se trouve à la tête des « petits ». Car ce ne sont pas des mots que Soral adresse au jeune facteur : mais un combat de boxe qu’il lui propose ! Vu la carrure de l’auteur, on devine facilement l’issue du combat...

Soral en gants de boxe
Soral en gants de boxe
Il propose à Besancenot de monter sur le ring ...

L’origine de ce « beef » comme dirait les rappeurs, c’est la réaction du jeune candidat aux présidentielles lors de l’émission de Serge Moati. Besancenot a en effet demandé et réussi à faire décommander Soral ! Et c’est l’argument massue de l’auteur qui fait que la jolie théorie de la LCR avec son jeune facteur qui va faire la révolution s’écroule. Une personnalité qui est très bien accueillie par tous les médias est très suspecte. Jamais nous n’avons vu une investigation critique envers le candidat de la LCR. (À part une petite partie du reportage à envoyé spécial sur France 2). Le second argument qui a fait que Besancenot ne voulait pas rencontrer Soral : c’est le débat autour de la régularisation de tous les sans papiers.

Immigration

Et c’est là mon point de désaccord avec Soral. L’auteur explique qu’en légalisant les sans papiers comme le demande la LCR, nous faisons le jeu du MEDEF qui demande une main d’œuvre corvéable à merci. Si la LCR est vraiment du côté des ouvriers français, alors elle doit être opposée aux régularisations des immigrés clandestins.

Or, les sans papiers sont déjà à la merci des patrons ! Comme ils n’ont pas de papiers, ils ne peuvent pas faire valoir leur droit et leur situation est plus que dramatique. Ainsi, ils sont utilisés par les patrons malhonnêtes. Pour mieux économiser de l’argent et moins payer de cotisations, ce « patron voyou » a plus intérêt à employer un immigré sans papiers qu’un immigré avec des papiers. L’exemple frappant est celui de la chaîne de restaurant Buffalo Grill qui préférait exploiter les travailleurs immigrés que d’embaucher des travailleurs légaux.

Ceci dit, il y a des secteurs où la demande d’ouvriers immigrés est officielle et ne passe pas forcément par les filières clandestines. Prenons l’exemple du secteur du bâtiment. Comme la main d’œuvre manque à l’appel, on est obligé d’aller chercher des ouvriers d’autres pays. C’est vrai aussi que ça tire les salaires vers le bas mais souvent ces secteurs sont délaissés par la population française. Et donc, l’ouvrier français peut avoir l’impression d’être lésé : la solution est pourtant simple.

Il faut parler aux immigrés pour qu’ils fassent valoir leurs droits et ainsi, être capable de se défendre en se solidarisant avec les ouvriers gaulois. Car qu’on en dise, je pense, comme Soral, que les catégories populaires sont plus ouvertes et moins racistes que d’autres catégories. On sympathise plus facilement avec un camarade de travail avec lequel on a passé 8 heures à travailler dur. On partage plus de vécu.

Je ne crois pas que la solution pour régler le problème d’immigration soit la fermeture des frontières : les frontières administratives de la France sont déjà fermées ! A regarder les médias aujourd’hui, on croit que les immigrés viennent par millions par la mer, l’air et la terre !

Immigration choisie
Immigration choisie

On croit que n’importe quel jeune maghrébin peut faire la queue devant l’ambassade et avoir son visa dans la matinée. Tout le monde se trompe sur toute la ligne : même pour un visa touristique, quand on est en l’âge de travailler, c’est une mission impossible de venir en France !

J’en ai fait l’expérience cette année. Mon petit frère voulait venir me rendre visite le printemps dernier : le visa lui a été refusé parce qu’il a 23 ans et qu’il a l’âge de s’enfuir et de devenir clandestin ... Quelle idée ! Bien évidemment, aucune personne censée au monde ne demande l’ouverture totale des frontières. Mais il faut arrêter de mettre tout sur le dos des immigrés. Par exemple, aucune vraie statistique n’existe sur ce sujet.

Alors comment émettre des avis sur la situation sans aucune donnée crédible ?

Soral accuse même la LCR de faire le jeu des passeurs sans scrupule puisqu’en étant pour la régularisation des sans papiers, cela va encourager les autres candidats à l’immigration pour venir en France.

Or, le problème est beaucoup plus grave que cela. Je ne crois pas que ces candidats à l’émigration clandestine dans une barque se soucient des déclarations de régularisations. Ils veulent partir et c’est tout. À cause des croyances populaires, les africains et maghrébins croient que la situation d’un sans papier en France, ne peut être aussi catastrophique de celle d’une personne avec ses papiers dans son propre pays.

C’est triste et souvent c’est faux de croire que la vie en France est plus facile que dans le pays d’origine. L’immigration officielle et clandestine est un sujet sensible. Il le faut le traiter de la manière la plus neutre et la plus objective possible.

« La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde » a dit Rocard, il a raison. Mais la France a l’occasion tous les jours de faire mieux pour que les émigrants comprennent que c’est mieux pour eux de rester dans leurs pays.

Il faut que leurs nations se développent et donc, que l’occident partage une part du gâteau économique...

Dissolution de la nation

Dernier point important que Soral critique vivement : la communautarisation de la société française. Dans les grandes villes françaises, on vit à l’américaine désormais. La notion de communauté française seule et indivisible laisse sa place à une stratification à tous les niveaux. Les livreurs de pizzas des étudiants d’origine africaine, les cuisiniers dans les restaurants asiatiques sont des faux japonais ...

Chaque communauté essaie de rester enfermé et ne pas s’ouvrir aux autres par réflexe de défense. Avec l’élection du nouveau président, Soral pense que c’est très mal parti pour qu’on évite l’éthnisation des relations sociales en France.

Pour conclure, Soral a aussi expliqué quels sont les nouveaux enjeux pour le FN pour qu’il reprenne la main après le holdup de Sarkozy. Il offre aux nouvelles générations de rejoindre son association qui repose sur l’idée de réconcilier tout le monde. Pour cela, il propose qu’on intègre les immigrés et leurs descendants qui sont en France avant d’accueillir d’autres personnes.

Je suis d’accord avec lui. Il faut savoir qu’il y a une nouvelle génération d’immigrés. Cette génération sait lire, sait écrire et sait parler. Elle est dans les grandes écoles, elle est éduquée, elle suit la vie politique française et est déjà intégrée. Je pense que nous, les immigrés intégrés avons le devoir de montrer la voie aux nouvelles générations française des banlieues qui n’ont pas eu les repères nécessaires en France puisque leurs parents n’ont pas eu l’occasion de s’intégrer.