28.10.2007

... Et le prix Nobel de mathématiques ?

Même dans les sciences, la discrimination existe. Les fameux prix Nobel (que les médias n’arrêtent pas d’applaudir) ne décernent pas de prix pour les mathématiciens. C’est malheureux mais pas essentiel ! Car, même s’il est unanimement reconnu, le prix Nobel n’est pas une distinction absolue : il n’y a qu’à voir le dernier épisode en date du prix de Nobel de médecine, Dr Watson, qui a fait une minable sortie sur les noirs africains. J’aimerai bien qu’ils viennent observer la promotion 2008 de mon école : il sera étonné de voir des noirs plus intelligents et plus doués que lui.

Mais l’explication de cette omission des maths dans les palmarès,  trouve sa source dans le fait que la femme de Nobel l’a trompé avec un mathématicien. Bien évidemment, le site des prix Nobel nie farouchement cette version. Ils avancent d’autres versions comme celle de l’existence déjà d’un autre prix suédois pour les mathématiques. (1)

Cette « excuse » ne tient pas la route parce que tout simplement il existait à l’époque d’autres prix qui couronnait les autres disciplines comme la physique.

 

Autre motif tout aussi scandaleux, c’est le côté théorique des mathématiques. Nobel aurait voulu récompenser les sciences pratiques qui offraient une invention concrète aux humains. Pourtant, derrière toutes les sciences, les mathématiques existent. Elles leurs donnent même toute l’assise théorique nécessaire pour pouvoir se développer et progresser. Exemple : les nombres complexes, qui sont une pure invention mathématique, a été reprise par les physiciens pour décrire les courants alternatifs.(2) Preuve que les mathématiques ne sont pas là pour permettre aux mathématiciens de fuir la réalité.

C’est encore plus le cas aujourd’hui. Plus que jamais, et je sais de quoi je parle puisque c’est mon domaine, les mathématiques sont en train de s’enrichir d’un aspect pratique facilité par l’explosion des machines à calculer (comme l’ordinateur sur lequel vous êtes maintenant).

Cette science est derrière tous les phénomènes physiques. Elle s’est même permis le luxe à la fin du XIXème siècle d’introduire des notions qui ont choqué les plus puristes d’entre nous. Ainsi, pour pouvoir répondre aux demandes des physiciens, Lebesgue a introduit la notion de « presque partout ». (3)06e567f025e492173be8ae4ac1f33ccf.jpg

Ce « presque partout » signifie que le caractère parfait des mathématiques, « quasi cartésien », « absolu » dans la manière de traiter les données, n’est pas toujours conforme à la réalité. Ce qui implique que les mathématiques ont dû s’adapter à la réalité physique. Ainsi, lorsqu’on trace une courbe de points d’un phénomène physique,  on est sûr qu’il y aura des mesures de points fausses, ou éloignées de la réalité. A ce moment là, on peut dire, par exemple, que la température dans la pièce est presque partout la même. Ceci a permis aux théories des ensembles de découvrir de nouveaux domaines.

Evidemment,  Nobel était déjà mort et ne pouvait deviner que les mathématiques feront un virage quelques siècles plu tard. On voit bien donc que les raisons d’exclure « la » science qui est la base de toutes les autres ne sont pas logiques. Tout simplement, Nobel n’était pas content qu’on le rende cocu et de toute façon, c’était son argent personnel, il peut exclure qui il veut de ses célèbres prix.

Mais pourquoi alors les mathématiques ne sont pas bien traitées par Nobel et par les médias ?

Parce que tout simplement cette science a traumatisé la plupart des anciens écoliers. Ceux qui se sont arrêtés à  l’insulte de Pythagore, Thalles et toute la clique grecque, ne croient pas que cette science est utile.

Et pourtant, s’ils savaient que derrière l’A380 se cachent des équations, que les sondages (malgré leurs imprécisions) se reposent sur la branche statistique des mathématiques …

Cependant, nous aussi les mathématiciens avons une grande responsabilité dans cette image de science inutile. Nous vivons dans un univers clos. De plus, nous n’avons pas su expliqué l’utilité de notre science. Là où les physiciens ont réussi (grâce certes au côté pratique de leurs sciences), nous n’avons pas su théorisé notre utilité auprès du grand public.   

Il est grand temps de vulgariser les maths et les rendre accessible à tout le monde, car la survie des maths en dépend.

Et pour tout ceux qui en doutent, je vous laisse méditer sur la citation d'Henri Bergson, prix nobel de littérature :

" La science est bien la fille des mathématiques".

 

_______

      (1)    Source : http://www.nobelprizes.com/nobel/why_no_math.html#story

      (2)    i²=-1. Les physiciens se sont même permis le luxe de changer la lettre « i » pour imaginaire par un « j ». Mais, on leur en veut pas, parce que le «I» était déjà pris par le courant.

      (3)     "The phrase 'almost  everywhere'--analogous to Harnack's 'in general'--was later  introduced by Lebesgue to signify that a condition holds for all points except those forming a set of measure zero."

25.09.2007

Réactions à la lettre ouverte à Brice Hortefeux

J’ai réussi à publier cette lettre sur le site Agoravox « le média citoyen ». C’est mon premier article accepté et pour un buzz, il y en a eu un ! 240 commentaires (à lire ici http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=29237) et plus de 300 commentaires si on compte les commentaires modérés.

 

Je vais donc vous exposer les différentes réactions positives ou négatives et pouvoir ainsi répondre à toutes les questions et surtout critiques pour mieux expliquer ma démarche.

 

6b5ed3b34806eef8a9aa6c20d631c8c5.pngLe premier type de réactions auxquelles je m’attendais ont visé ma légitimité à m’adresser à un ministre de l’état français. Qui suis-je pour oser poser des questions à un représentant d’un état qui m’a accepté sur son sol ? Sur la forme, il y a eu bien évidemment les réactions racistes qui ne dépassait pas le « Tu n’est(1) pas chez toi, casse toi » ou « C’est pas ton pays, t’as rien à demander ». 

 

 

Sur ce point je ne peux pas répondre à des prises de position aussi hystériques. Sur le fond, c’est une critique qui m’a été faite non seulement par les « français » mais aussi par certains de mes compatriotes. C’est une réaction similaire à celle778218b0011be66155b4c461e95d9faa.jpg de notre première génération d’immigré. On n’est pas chez nous ici, alors cela ne nous regarde pas. Je me rappelle d’un étudiant marocain(2) qui m’a engueulé parce que j’étais allé manifester contre l’arrivée au deuxième tour de Le Pen(3). Sa critique est simple : ce n’est pas mon pays, c’est « leur » problème.

 

« Même si tu vas vivre toute ta vie ici ? » lui ai-je demandé.

« Non, je vais rentrer au Maroc dans quelques années… » Et pourtant, ces personnes ne rentrent jamais chez elles même après une longue période. Quel est donc le sens de ce genre de réactions ?

 

Je pense que plusieurs immigrés (étudiants ou autres) me voient comme un traître à ma culture, un traître qui a tourné sa veste, un traître à la Eric Besson qui ne respecte pas ses propres convictions et qui tourne son dos à son propre pays. Pourtant, je ne fais pas le faux cul comme certains qui se disent musulmans alors qu’ils sont les premiers à se mettre minables dans les soirées.

 

Quand on s’ouvre à une culture différente de la sienne, cela ne veut pas dire qu’on renie ses origines. Au contraire, c’est en partant à la découverte de l’autre que cela peut nous renseigner sur notre propre culture.

 

be6927a610b59650e6dca349a6d5db93.jpgJe le dis, je l’assume : ce n’est pas parce que je mange du porc que je n’ai renié ma culture musulmane, ce n’est pas parce que je vis avec une française et que je ne vais certainement pas me marier avec une fille du pays que j’ai jeté ma part de tunisien(4). D’ailleurs, c’est la personne avec laquelle je vis actuellement qui m’a expliqué que mon acquis culturel est semblable à une boite. En y ajoutant une autre culture elle ne va pas remplacer la boite qui existe, mais la compléter et cohabiter avec elle. Et comme par magie la boite s'agrandit...

 

Le deuxième genre d’interventions a ciblé le fait que je m’adresse à un ministre français pour quémander ma dignité. Autrement dit : pourquoi « j’ose » envoyer une lettre à un état démocratique et pas à mon propre pays ? Ce n’est ni une question de peur (quoi que…) mais de priorité. Aujourd’hui, j’ai senti ce besoin de critiquer une loi française. Demain, ça sera une autre paire de manche.

 

Finalement, sur le contenu, je n’ai pas eu beaucoup de retour. Une des seules critiques qui m’ont fait réfléchir est celle sur l’incohérence dans mon raisonnement. J’argumente pour le co-développement avec l’autre rive de la méditerranée, je m’oppose à l’immigration choisie et pourtant j’en suis le contre exemple parfait.

 

J’avoue que ça peut prêter à confusion que je demande d’aider le pays de départ en restant ici alors que je suis un ingénieur. La Tunisie aura-t-elle plus besoin de moi que la France ?

 

Sur ce point, je veux bien répondre. Mon choix de vouloir rester en France est lié au fait que (sans vouloir me la jouer Einstein) comme plusieurs de mes compatriote, je suis « sur diplômé » par rapport à mon pays.

 

Un ingénieur Génie Civil ou Génie Mécanique, avec ses compétences, a plus de chance d’aider la Tunisie ou le Maroc. Mais ma branche de mathématiques et modélisation n’apportera rien si je rentre.

 

Je ne me vois pas en train de faire du code à Tunis pour optimiser les trajets des bus de transports public : prendre ce problème scientifiquement est très difficile.9262cb8e63ddc6244ace914ca8f09868.jpg Peut-on aider les bus jaunes surchargés qui dépassent tout entendement niveau sécurité, niveau poids du bus, sa vitesse, son horaire exact.. Ce n'est pas pour mépriser mon pays ou quoi que ce soit, c'est juste que les conditions de travail ne sont pas réunies.


 

A part les réactions négatives, il y a eu de nombreux encouragements, mais comme ce n’est pas le genre de la maison de s’auto congratuler, je vous laisse les découvrir sur le site.

 

Pour conclure, le buzz a bien eu lieu sur le site d’Agoravox et sur le blog, mais je ne me prends pas la tête et j’espère que vous aurez encore plus d’articles toujours aussi engagés.   

 

 

 

 

 

  1. L’orthographe est exactement le même …
  2. En même temps, la même personne m’avait dit qu’il ne peut pas se permettre de juger Ben Laden parce qu’il ne le connaît pas personnellement. Donc, on ne peut pas se fier aux faits et à l’histoire pour juger un personnage ? Comme si, je ne peux pas juger l’action de Sarko parce que je ne le connais pas ???
  3. Après coup, je regrette vraiment ces manifestations monstres contre Le Pen. J’ai l’impression qu’on a été tous manipulé. Bien évidemment il n’aurait pas pu gagner les élections, mais autant de personnes dans la rue contre un choix démocratique, avec du recul, je me pose des questions…
  4. Encore du buzz que je fais : bientôt, un article sur comment la révolution sexuelle peut-elle  faire évoluer économiquement les pays musulmans …

18.09.2007

Lettre ouverte à Brice Hortefeux

Monsieur le ministre de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du co-développement,

 

Je vous adresse cette lettre en tant qu’étudiant tunisien installé à Toulouse depuis six ans.

 

Votre qualité de ministre, qui vise entre autres à s’occuper de ma condition en France, m’oblige à attirer votre attention sur quelques points de votre politique et celle du président français M. Sarkozy. Je suis heureux que maintenant, grâce à ce ministère tant décrié, je puisse trouver un interlocuteur qui soit là pour s’occuper des questions qui me concernent.

Si vous le permettez, j’aimerais orienter mon propos selon quatre axes qui ne sont autres que l’intitulé de votre ministère. Je pense qu’effectivement ces quatre points se complètent parfaitement. Si on met l’accent en même temps sur l’immigration, l’intégration, l’identité nationale et le co-développement, on ne peut mener qu’une action logique et objective.

 

Tout d’abord, avant toute action dans le domaine de l’immigration, il me semble indispensable d’ouvrir un grand débat national sur ce sujet en invitant tous les protagonistes : les préfets et la police, les associations d’aide et de défense des immigrés mais aussi les immigrés eux-mêmes.

Car, M. le ministre, nous sommes des personnes capables de nous défendre par nous-même et de dialoguer avec vous objectivement pour essayer de dresser un état des lieux.

 

En effet, je ne trouve pas normal que soit fixé un taux de reconduite à la frontière chiffré à 25.000 immigrés clandestins par année. Alors qu’il n’existe à ma connaissance aucune donnée statistique officielle sur le nombre d’immigrés qu’ils soient détenteurs ou non de papiers.

De quels pays viennent-ils ?

Quelles sont leurs activités, leurs âges, leurs revenus et leurs conditions de vie ?

En somme, peut-on réfléchir sur un sujet si sensible sans avoir en main toutes les données nécessaires ?

Vous disposez certainement de ces statistiques, alors, j’aimerais qu’elles soient rendues publiques afin que le débat puisse avoir lieu.

Beaucoup de préjugés existent sur nous les immigrés et sur l’immigration. La mention « seulement » 5% des immigrés (1) sont entrés en France avec le motif de travail en est l'exemple le plus frappant. Cette phrase insinue que les 95 autres pour cents sont en France pour profiter de sa protection sociale et ainsi grossir le rang des chômeurs. Or, une personne qui demande le regroupement familial avec son épouse et ses enfants, ne va pas supporter à elle seule le lourd poids financier que représente la prise en charge de deux ou trois individus. Donc, les épouses qui rentrent en France grâce au regroupement ne sont pas là pour rester les bras croisés. La plupart d’entre elles travaillent ou font des études.

 

Car contrairement à l’image répandue dans les médias, les familles africaines ou maghrébines ne laissent pas leurs femmes à la maison en France : surtout s’ils ont 3 ou 4 bouches à nourrir, à habiller et à éduquer. La génération « perdue » de français issus de l’immigration s’est égarée parce que leurs parents ne pouvaient se permettre de travailler moins. Leur absence a pesé lourd puisque dans la plupart des cas, ces personnes ont dû travailler dans les métiers réputés durs comme dans le bâtiment, le ménage ou la restauration … et ceci pendant de longues heures. Cela ne signifie pas que la famille « française » de souche n’a pas ces difficultés. Mais, un enfant d’immigré a besoin d’un encadrement supplémentaire car ses parents sont eux-mêmes déstabilisés par la nouvelle culture du pays d’accueil.

 

Les étudiants ne sont pas comptabilisés dans l’immigration pour motif de travail. Cela n’est pas logique puisque ceci veut dire que les étudiants ne travaillent pas. Comme vous le savez, nous possédons une autorisation de travail temporaire.

Ainsi, nombre de mes collègues n’ont pas la chance de posséder une bourse ou les moyens financiers nécessaires pour vivre. Ils doivent donc travailler plus et ainsi étudier moins. Il suffit d’aller dans le métro et de discuter avec les agents de sécurité, vous y verrez des étudiants en thèse algériens, des doctorants marocains et des diplômés sénégalais.

 

M. le ministre,

 

Je comprends votre souci de réduire le flux migratoire mais permettez moi de vous dire que ceci ne signifie pas le durcissement des conditions d’entrée en France même pour une visite touristique. J’en ai fait la malheureuse expérience puisque l’année dernière, mon frère n’a pu venir me visiter en France. La raison évoquée est qu’il est jeune et risque de fuir et ainsi devenir clandestin.

Les conditions d’entrée en France sont déjà assez drastiques et le regroupement familial quasi interdit. Si plusieurs de mes compatriotes vivant en France se sentent obligés de se marier avec une personne au pays c’est que l’aspect d’intégration a échoué. 

Et si l’immigration clandestine parait élevée, ce n’est pas en durcissant les conditions d’entrées qu’elle va baisser. La solution est dans le quatrième axe qui est le co-développement.

« La France ne peut supporter toute la misère du monde » et c’est vrai. Ce drame humain qui pousse des milliers de jeunes à se jeter à la mer ne peut être résolu que si le pays de départ de ces candidats à l’émigration connaît un meilleur développement.

Je ne demande pas l’ouverture totale des frontières ni la régularisation de TOUS les sans papiers. Nécessitent la régularisation : les sans papiers ayant une attache en France. Ainsi, on leur évite d'être reconduit à la frontière comme du bétail. Et ceux qui travaillent au noir. Ils doivent être mieux protégés par le droit social. Ce travail au noir nuit aux travailleurs clandestins et à la santé économique de la France.

En les régularisant, ils peuvent aider ainsi le pays d’accueil en payant des impôts, mais aussi les familles africaines en leur envoyant de l’argent. Car plusieurs villages ne vivent qu’à travers l’aide que leur transmettent les quelques immigrés travaillant en France. Et en aidant ces villages à se développer, vous baissez ainsi le taux de candidats à l’émigration clandestine.

Au lieu de renforcer les contrôles d’identité au faciès, au point d’exaspérer vos compatriotes français d’origine maghrébine ou africaine, il vaut mieux proposer aux clandestins récents une aide au retour assez conséquente (qui sera partagée par la France et le pays de départ). Je suis conscient que cette mesure peut paraitre impopulaire aux yeux des immigrés, mais elle leur permettra de mieux redémarrer chez eux. 

Pour cela, le co-développement est indispensable pour la réussite de cet aspect de votre politique.

 

M. le ministre,

 

L’intégration des immigrés est un autre axe s'avérant crucial dans la réussite de ce pays qui est la France. La plupart des étudiants que je connais ont développé des compétences qui seront plus utiles ici que dans notre pays. Par exemple, dans ma branche d’ingénierie, celle de mathématiques et modélisation orienté vers l’aéronautique, il est clair que les perspectives de travail sont exclusivement françaises.

C’est pour cela qu’une grande majorité des nôtres souhaite rester et s’intégrer à la société française.  Contrairement à la génération précédente qui n’a pas eu la chance de s’intégrer, nous avons les outils et la culture pour faire partie intégrante de la France. Nous savons lire, écrire, réfléchir, respecter la laïcité et honorer la république. Nous connaissons l’histoire de France, nous suivons la vie politique et nous ne sommes pas là pour imposer telle ou telle religion.

En plus, notre position singulière d’étudiants ayant eu un cadre culturel stable nous permet de communiquer avec l’ancienne génération et les réconcilier avec la république. Notre connaissance parfaite des nos deux langues maternelles le français et l’arabe nous rapprochera de la nouvelle génération.

Le fait de nous stigmatiser ne fait qu’ébranler encore plus la confiance qu’accordent les immigrés à votre pays. A cause des préjugés que véhiculent les uns et les autres, je remarque que beaucoup de mes collègues immigrés se renferment dans leurs communautés respectives.

Ainsi, il est plus difficile de quitter sa communauté pour s’intégrer à la république française. Les couples mixtes sont de plus en plus mal vus. Etant moi-même dans ce cas, cette vie multiculturelle m’a enrichi puisque cela m’a permis de mieux comprendre la culture française. Malheureusement, les deux communautés n’acceptent pas facilement cette façon de vivre.

Et pourtant c’est la multiplication de ce genre de mélange qui pourrait intégrer le maximum d’immigrés et réduire ainsi le regroupement familial. Le renforcement des contrôles des mariages ne fait que marginaliser ce genre d’union. Je comprends votre lutte contre les mariages blancs mais il faut donner leurs chances aux vrais mariages pour qu’ils deviennent la meilleure façon d’intégrer les étrangers.

Quand aux immigrés résidant en France depuis plus longtemps, ils n’ont pas besoin de clichés mais de reconnaissance de la part de l’état français. La majorité écrasante de ces travailleurs a participé (sinon fait) les trente glorieuses. Ils ont été obligés de quitter leurs pays dans les années 60 et ont fait le succès de la France. 

En ce qui concerne leurs enfants et leurs petits enfants, celle qu’on appelle la troisième génération, la solution est de les intégrer par le travail. Pourquoi ces jeunes n’ont pas le droit de faire partie de l’économie officielle française et non souterraine ?

Quand l’ancien premier ministre Edouard Balladur décide en 1993 de créer des zones franches dans les banlieues pour inciter les entreprises à s’y installer, l’effet espéré est l’emploi de ces jeunes. Or ces entreprises n’ont pas voulu en engager. Quand des jeunes voient leurs grands frères diplômés se démener pour finalement rester chômeurs, leurs seules envies sont de gagner de l’argent autrement.

« Pourquoi mon fils ferait une grande école ? La France n’en veut pas de mes enfants » : voilà ce que pensent les mères de familles désespérées. Où est donc la méritocratie M. le ministre ?

 

M. le ministre,

 

Les immigrés installés en France depuis peu ou depuis longtemps ainsi que leurs enfants français ne peuvent pas intégrer la société française si la notion d’identité nationale n’en fait pas de même. Elle évoluera avec leur intégration.

Beaucoup d’analystes pensent que la France a mieux intégré les italiens, les espagnols ou les portugais parce qu’ils ressemblaient aux français, qu’ils avaient la même culture et la même religion.

Or, toutes les religions sont solubles dans la république. Personne n’a envie d’imposer la charia en France. Les musulmans veulent être respectés comme sont respectés les chrétiens, les juifs et les athées.

Pour cela, il est vrai que nous devons faire des efforts, que notre religion doit s’adapter à la réalité républicaine. Nous sommes prêts à le faire si la France nous accepte et arrête de nous traiter comme des éléments dangereux pour la république. Nous n’avons qu’une envie c’est de nous intégrer et d’être traités comme tout le monde.

Ce n’est certainement pas en autorisant les tests ADN pour le regroupement familial que la communauté musulmane de France aura l’envie de s’intégrer et de renforcer le sentiment d’appartenir à l’identité française.

Les démarches pour obtenir la nationalité ne facilitent pas non plus le sentiment d’appartenance à la France. Pourquoi un étudiant devrait-il justifier de 3 ou 5 ans de vie en France hors étude pour être français ?

Si on montre notre volonté d’intégration, notre compréhension de l’identité française, je ne vois pas pourquoi on aurait autant de mal à obtenir la nationalité. De plus, si vous voulez que les immigrés participent à la richesse nationale, pourquoi rendre les conditions d’obtention d’un séjour de longue durée draconienne ?

Quand un étranger veut travailler, veut servir ce pays, pourquoi doit il faire un véritable parcours du combattant pour avoir des papiers ?

Vous ne croyez pas qu’en rendant toutes ces démarches draconiennes, vous ne faites qu’accentuer le sentiment d’injustices au sein des immigrés intégrés et les français d’origine maghrébine ?

 

M. le ministre,

 

Si vous voulez réduire le flux d’immigrés clandestins, il n’y a qu’une seule solution efficace à long terme. Mettre toutes les énergies pour renforcer le co développement. Les maghrébins sont très attachés à leurs pays, ils vivent un véritable déchirement quand ils sont obligés d’émigrer en France. C’est une rupture dans une vie d’une personne contrainte à l’exil. Et pourtant, nombreux sont ceux qui tentent le coup parce qu’ils croient que la vie en France sera moins dure que dans leurs pays.

Le développement des pays Africains est crucial : si aucune politique commune n’est menée pour améliorer leur sort, les réfugiés économiques ne seront que plus nombreux. Développer un pays émergent ne signifie pas lui donner la seule possibilité de s’enrichir économiquement. Plusieurs pays ont besoin d’une bouffée d’air, de liberté et de démocratie. Si les islamistes n’ont qu’à se ramasser pour recruter des jeunes désespérés au Maghreb, c’est parce que la plupart des pays maghrébins n’ont pas connu leurs secondes indépendances. Débarrasser l’Afrique des totalitarismes, des dictatures, de la corruption permettrait à la France de réduire le flux des émigrés.

Bien évidemment, la France ne peut à elle seule gérer tout ces problèmes. Les élites des pays du tiers monde, l’Europe, les états unis ont la solution entre leurs mains.

 

M. le ministre,

 

Je comprends que votre appartenance politique ne vous permet pas de traiter ce problème d’une façon plus humaniste. Faire du chiffre est une obligation que vous a imposée le chef de l’état. Mais cela nécessite que vous vous rendiez compte que derrière ces chiffres, il existe des familles, des pères séparés de leurs enfants, des femmes livrées à elles-mêmes, des vies brisées et certainement un frein à l’intégration des immigrés.

Je voudrais ajouter que je parle en mon propre nom, je ne représente aucun groupe en particulier. C'est une initiative personnelle. 

J’ai bien peur que tout ce que je vous ai écrit ne rentre pas en ligne de compte lorsque vous appliquez votre politique. Mais je peux vous assurer que si on continue à agir ainsi, en stigmatisant les immigrés, en marginalisant les générations de français maghrébins et africains, la France ne pourra pas redécoller économiquement et socialement,

En attendant votre réponse, veuillez agréer M. le ministre mes salutations les plus républicaines,

Sincèrement,

Bayrem.

 

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(1)    http://www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/immigrati...