02.12.2007
Face Book : la nouvelle arnaque...
Je chie sur FaceBook
Je demande solennellement à tous mes contacts mails, ou mes contacts MSN, d’arrêter de m’envoyer des invitations pour visiter leur page facebook.
Vous allez certainement me dire que je me mets dans une position de rebelle contre tout ce qui peut paraître « à la mode ». Mais je vais vous présenter mes arguments pour vous faire une idée, mais surtout pour qu’on arrête de me casser les couilles avec cette invention marketo-diabolique. Et surtout, je vais vous montrer que ce système ne va pas perdurer.
Tout d’abord, pour qu’un nouveau phénomène perdure sur internet, il faut qu’il soit basé sur une prouesse technique. L'exemple qui illustre ça : youtube. Les vidéos en streaming existaient certes sur internet, mais avec youtube, n’importe qui peut envoyer sa vidéo. Avec le nombre croissant d’utilisateurs, on a l’occasion de regarder une diffusion qu’on a ratée ou même découvrir des nouvelles émissions.
Or dans Face Book, ce n’est pas le cas. Il n’y a aucune prouesse technique, puisque c’est basé sur le système de page web voir même les espaces perso de MSN qui ne font le bonheur que des ados.
Le système de chaînes d’amitié avec lequel on se relie à des « amis » de mes « amis » n’est pas une invention inédite. Elle existait déjà avec myspace. Myspace qui a un succès de longue haleine, parce qu’il obéit à la règle de l’innovation technique. Mettre un lecteur de musique est révolutionnaire puisque chaque internaute peut écouter le jeune artiste.
Donc, pas d’innovation technique, juste un amoncellement de photos, de description des centres d’intérêt : rien de nouveau.
Deuxième point qui joue en faveur de Face Book au près de ses utilisateurs : le nombre d’amis. Là aussi, ce n’est pas un nouveau concept : déjà, sur MSN, il y a dix ans de cela, je faisais la compétition avec des copains pour avoir le plus de contacts MSN. Je passais des heures sur internet et les tchats room pour avoir une adresse hotmail et ainsi avoir plus de contacts. C’était complètement débile, mais on s’en rend compte qu’une fois passée la période trouble de l’adolescence.
Dans notre adolescence, on a fait pire qu’avoir le maximum de contacts hotmail, notre génération a lancé la carrière mirifique de Céline Fion pour les filles et Scatman pour les garçons comme moi. Mais bon, c’est un autre problème sur lequel je reviendrai plus tard (la fameuse techtonik).
Car, le premier public cible restera bien sûr les jeunes adolescents puisqu’ils sont influençables en attendant de cibler un jour directement les bébés* … Ceci dit, ce qui m’étonne dans Face Book, c’est que même les vieux de la vieille d’internet, les 20-30 ans sont demandeurs.
Ce concept donc, purement libéral, est basé sur la compétition : à qui aura la plus grosse, dans notre cas, le plus gros carnet d’adresse.
Or, ce ne sont pas des amis ! A part de rares cas, chacun va jouer sur le fait qu’il a le maximum de contacts pour faire monter les visites de son espace Face Book. Ce sont des gens que la plupart ne voit qu’une seule fois dans leur vie. « J’ai 1500 amis » dit Arash Derambarsh un des piètres candidats à la présidence de Face Book. Je le mets au défit de connaître 5% de ses contacts personnellement. (Soit 75 personnes).

D’ailleurs, on doit vraiment ne pas avoir de vrais amis pour consacrer sa vie à Face Book. Rien qu’à le voir, on comprend tout de suite qu’il fait partie de cette génération des Sarko boys, vivant à fond dans leur époque et attendant la moindre occasion d’enrichissement vite sans travailler plus pour sauter dessus.
Troisième point qui peut paraître légitime : retrouver des amis d'enfance. Là aussi, FaceBook n'est pas une nouveauté puisque le concept existait déjà : les copains d'avant.
Autre argument important, la machine est transformée en une gigantesque machine de marketing et de publicité à grande échelle.
La protection de la vie privée en France ne trouve plus son compte dans ce système. Une des premières choses que j’ai apprises sur internet est de ne jamais laisser ses coordonnées personnelles. Pour illustrer ce que je dis, je vous raconte ce que m’a fait Orange. J’ai la mobicarte, le moyen le plus sûr de ne pas se faire enculer par les opérateurs. Avant, on pouvait envoyer des sms gratuits à partir d’internet. Lors de mon inscription j’ai dû cocher une case sans le faire exprès dans la partie « Souhaitez vous recevoir des offres ». Le lendemain j’ai reçu un sms de … M6 Mobile Orange m’informant que ce soir-là, à 20h50, on allait connaître le gagnant de la nouvelle star !! Alors, que je n’en avais absolument rien à carrer !!
Avec Face Book, ça va être pire puisqu’on pourra collecter des données sur votre marque de glace préférée. Ne vous étonnez pas alors qu’une fois, en commandant des pizzas, on vous propose des « Ben&Jerry’s » plutôt que des « Häagen-Dazs ».
Ceux qui vont avancer des arguments selon lesquelles je suis complètement paranoïaque, je les invite à se demander pourquoi les entreprises investisse autant dans le marketing. Aujourd’hui, il faut trouver d’autres moyens pour attirer des consommateurs (Lire No Logo). Et ce n’est pas fait n’importe comment. Il faut imaginer qu’il y a des ingénieurs statisticiens derrière pour qui on va tout faire pour collecter le maximum de données pour orienter la stratégie de l’entreprise.
Pour conclure, comme SecondLife il y a quelques mois, après une certaine période d’effervescence, il y aura une chute de ce phénomène. Alors, arrêtez de me solliciter pour me mettre sur vos Face Book, je n’y serai jamais !
A moins qu’on le crée à l’insu de mon plein grès, ou que je baisse mon pantalon dans ma future entreprise pour être dans le même moule que tous les autres …
* : ça commence à venir avec la chaîne télé spéciale bébé ...
15:50 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : Face Book, internet, Arash, Derambarsh, Sarko Boys, tecktonic, myspace
18.11.2007
France – Maroc : Quand le Maroc joue à domicile ... à Saint Denis !
Vendredi Soir a eu lieu le match amical entre la France et le Maroc au stade de France. Encore une fois, nous avons observé les comportements habituels de la part de français issus de l’immigration qui ont sifflé la marseillaise.
Cette réaction n’est pas étonnante pour plusieurs raisons. Comme je l’ai écrit dans mon article précédent, ce sont des jeunes qui en France, ne se sentent pas français parce qu’ils sont exclus socialement. Et en Tunisie (ou au Maroc), ils ne se sentent pas non plus maghrébins.
Dans les travées du stade, il y avait clairement déséquilibre entre la frange de supporters marocains et les supporters français. Le stade était en majorité rouge.
Ceci est dû à l’importance de l’enjeu : c’est un match amical pour l’équipe de France. De plus, les supporters de l’équipe de France n’ont pu se rendre au match à cause des grèves. Les fans des bleus se sont demandé « quel est l’intérêt d’aller voir ce match amical avec les grèves ? » Et de toute façon, nous y arriverons fatigués après cette semaine de conflits sociaux, donc, on l’observera à la télévision.
Or, les immigrés marocains (les parents, les grands parents …) qui vivent à Saint Denis, ou même loin du stade, ne voient jamais leur équipe nationale marocaine. C’était l’occasion idéale pour eux d’y aller et de profiter de ce match. C’est tellement rare de toucher des symboles de leurs pays si près de chez eux : il fallait y aller. C’était une question de vie ou de mort : mon pays me manque, je ne vais pas laisser passer ce moment historique de voir mon vrai pays affronter le pays d’accueil.
Ces immigrés vivent en France mais ils ont travaillé dans des métiers difficiles et ils n’ont pas la reconnaissance qu’ils méritent de la part d’un pays qui les a certes accueillis mais qui les a parqués dans des cités dortoirs. Donc, il y avait certainement chez eux un esprit de revanche.
L’enjeu est capital : la France nous a humiliés toute notre vie, c’est le moment ou jamais de répliquer et de les humilier chez eux. Or ce n’est pas tout à fait le cas, la France les a accueillis quand même, et leur a permis de vivre mieux que dans leur pays d’origine, sinon ils seraient rentrés.
Donc, cet esprit de vengeance, dont les raisons anthropologiques peuvent remonter jusqu’à la colonisation, a été transmis aux jeunes générations qui n’en attendaient pas plus, puisque l’humiliation, ils la vivent au quotidien (contrôle de police fréquent, regard inquisiteur, désengagement de l’état dans les banlieues …). Du coup, ils ont suivi leurs aînés au stade.
La sagesse du vieil homme maghrébin me pousse à croire que ce n’est pas lui qui a sifflé la marseillaise : ce sont leurs enfants ou petits enfants. Car si on réécoute l’hymne marocain, il a été chanté par les supporters, donc les immigrés (car les jeunes français ne connaissent pas l’arabe).
Et quand il y a eu l’hymne français, instinctivement, ces jeunes l’ont sifflé. Réaction irrespectueuse envers la France mais surtout envers les petits enfants tout contents d’être là qui ont fait l’effort d’apprendre l’hymne marocain en arabe !!! Bien évidemment, siffler l'hymne de l'équipe adverse fait partie du jeu. S’il n’y a eu que les immigrés marocains qui ont sifflé, ça aurait été logique et la polémique n'aurait pas eu lieu d'être. Or, ce sont des français qui ont sifflé l'hymne français ...
Mais on peut aller plus loin : ces jeunes ne se sentent ni français, ni maghrébins -même si Vendredi soir on a cru qu’ils se sentaient maghrébins-.

Et pourtant, on a cru comme le montre cette image, que ces jeunes vont se reconnaitre dans des joueurs de foot comme Thuram ou Nasri. Ils sont plus proches d'eux que le joueur marocain. Et pourtant, le joueur marocain ressemble plus à leur père : donc, on le respecte plus que le joueur français.
Ils se font stigmatisés des deux côtés : en Tunisie par exemple, on les appelle péjorativement « Zimigri » (immigrés). Les familles tunisiennes qui sont restées en Tunisie et qui n’ont pu émigrer comme leurs homologues, ne supportent pas la supposée réussite de la famille émigrée. Dans chaque famille tunisienne, il y au moins un oncle, un cousin ou un frère qui est parti en France. Il vit certes dans des conditions moyennes voire inférieures à la population française, mais quand il rentre l’été, il fait tout pour faire passer ces conditions comme une réussite.
Il achète donc une voiture avant de rentrer en se saignant à blanc pour montrer sa réussite sociale en France alors qu’il n’est qu’en bas de l’échelle. Du coup, il fait vivre ce mythe trompeur que sans diplôme, en France, on vit dans d’excellentes conditions. C’est certes mieux que la Tunisie, mais pas non plus extraordinaire.
Tout ça pour dire qu’ils ont sifflé l’hymne français non pas pour encourager le Maroc mais pour bel et bien pour insulter la France. Ils donnaient ainsi l’impression qu’ils étaient pour leurs pays d’origine mais c’est faux.
Car, j’ai en mémoire l’exemple de l’équipe de Tunisie qui avaient perdu à la CAN2006 dès les quarts de finale. Les réactions de ces jeunes dans les forums de foot tunisien n’étaient pas les habituelles condamnations de la tactique de l’entraineur (Sacré Roger Lemerre …) mais une remise en cause de tout le « bled » !
Quand ce « bled » gagne, on en fait partie. Quand il perd, on le lynche puisque de toute façon, ils n’y appartiennent plus. Donc soyez sûr que si le Maroc s’était pris une branlée 4-0, ces jeunes les auraient sifflés.
Cette analyse ne concerne que ceux qui ont sifflé, je voudrais préciser que la majorité des jeunes de banlieues ne sont pas ainsi. Il y en a qui ont trouvé leurs identités, espérons qu’ils puissent en faire profiter la minorité active qui, elle, tarde à trouver la sienne.
Pour conclure, ce sentiment de vengeance n’a pas été atténué par des footballeurs venant des mêmes cités. Dès qu’il s’agit de leur identité, ces jeunes prennent ce qui est positif : la France quand elle gagne la CM98, la Tunisie quand elle gagne la CAN2004, le Maroc quand il joue à Saint Denis…
Par contre, ils rejettent le négatif : La France quand elle perd en 2002, la Tunisie quand elle perd en 2006 et certainement le Maroc s’il perd la CAN 2008.
Mais bon, toute cette explication peut paraître trop poussée pour un match de foot, voir même à côté de la plaque parce que je n'étais pas au stade. C'est juste mon analyse personnelle qui est peut être complètement fausse...
[MàJ] Le Canard Enchaîné (le meilleur journal actuellement!) a apporté des précisions intéressantes qui confirment un peu cette note. En effet, les supporters marocains et les jeunes générations n'ont sifflé que les joueurs ... non musulmans !! C'est un comble qui me pousse à être encore plus pessimiste. Du coup, la réaction de l'entrée dans une église semble anecdotique par rapport à autant d'intolérance. Le pire dans tout ça c'est le silence de tous les médias qui veulent nous imposer une pensée unique : Non, en France, le racisme anti blanc n'existe pas et surtout pas de la part de jeunes musulmans des quartiers ... C'est de notre devoir, la génération d'immigrés diplômés, de dénoncer tous les racismes y compris le racisme anti blanc. Si on arrive à dialoguer avec ces jeunes, ça serait pas mal. Mais c'est pas facile ...
15:55 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : France Maroc, Football, siffler marseillaise, jeune, banlieue, immigration
30.10.2007
Egalité des chances : Les musulmans et l’église
Dans mon école d’ingénieur, je participe à un dispositif en dehors de mes cours qui s’appelle « Egalité des chances ». Ce programme, basé sur le volontariat, est destiné aux jeunes lycéens de différents lycées de Toulouse et de ses environs. Il part d’un constat simple : les longues études supérieures sont accessibles en majeure partie aux fils de cadre. Les bacheliers venant d’un milieu social modeste sont moins nombreux dans les grandes écoles. (1)
Nous sommes donc une équipe de dix tuteurs qui se réunit avec une trentaine de jeunes une fois par semaine pour les motiver pour de longues études (pas nécessairement pour être ingénieur), leur ouvrir des perspectives nouvelles, les inciter à se cultiver et à avoir plus confiance dans leurs potentiels. Le profil des lycéens varie : milieu social modeste, parents divorcés, famille d’immigrés, ressources financières limitées… Ils sont recrutés par rapport à ces critères, mais aussi par rapport à leurs potentiels.
J’ai rejoint l’aventure dès son départ tellement le challenge était important. Ce n’est pas pour aider les jeunes issus de l’immigration en particulier, mais j’estime que c’est mon devoir de citoyen « français » de motiver tout ces jeunes et leur ouvrir de nouvelles perspectives. Si je vais être ingénieur dans quelques mois, il faut que j’encourage des lycéens, qui n’ont pas le cadre idéal pour réussir, pour devenir un jour à leur tour haut cadre dans une entreprise.
La raison pour laquelle j’écris cet article n’est pas de me mettre en valeur ni de m’auto congratuler, mais de réfléchir sur cette nouvelle génération (qui est peut être la 4ème !) de jeunes français issus de l’immigration. Car, avec ma base culturelle (tunisienne) et linguistique (arabe, français) ainsi que l’éducation acquise en Tunisie, je ne ressemble pas à ces jeunes. Ils ont une culture exclusivement française en dehors de leur famille. Ils parlent français et pas une phrase complète en arabe. Ils gardent quelques principes de la culture maghrébine et de la religion musulmane. Ils ne prient pas, ne lisent pas le coran et pourtant, ne mange pas de porc et s’attache à n’importe quel fait qui les relie à cette culture qu’ils ne connaissent pas. Ils ne s’y identifient qu’à travers le prisme familial.
Il y a des points communs physiques comme la couleur de peau, la religion, le pays d’origine (comme celui de leurs parents ou du moins, de leur région –Maghreb-).
Pourtant, ces lycéens, qu’on appellera Bilal, Jalal, Sahbi et Fouad(2) ont plus confiance en un tuteur maghrébin qu’un tuteur qui ne leur ressemble pas. Plusieurs exemples que notre groupe a vécus confirment cette impression.
Je vais utiliser ces exemples pour analyser leurs comportements et essayer de les comprendre. Pour permettre à ces jeunes d’accéder à la culture, la responsable du programme nous a permis de visiter plusieurs musées. L’un d’entre eux est le musée des Jacobins à Toulouse.
Musée des jacobins à Toulouse

Ce musée était consacré aux diverses cultures du monde. Il se situe dans un ancien couvent et fait partie d’une église. Lors de cette sortie donc, tous les lycéens arrivent et rentrent le plus naturellement au monde dans l’église sauf le petit groupe des 4 musulmans. Cette réaction ne m’a pas surpris de prime à bord. Ils sont après tout lycéens, ils veulent se faire remarquer et mettre leur différence en relief. Les autres tuteurs n’ont pas réussi à les convaincre de rentrer.
Motif de leur refus : Il est interdit pour un musulman de rentrer dans une église. Ce sont les parents qui leur ont instruit cette aberration. Je ne connais certes pas le coran par cœur (loin de là) mais, jamais lors de mon éducation religieuse en Tunisie, on m’a interdit de visiter des églises. Au contraire, la position singulière de la Tunisie (forte communauté juive, ancienne colonie française) fait que les églises et les synagogues sont nombreuses. Dans le musée du Bardo par exemple, tout une partie est consacrée à la communauté juive tunisienne avec exposition d’un exemplaire de la Torat provenant d’une des nombreuses synagogues du pays. Pourtant, personnellement, c’est en visitant des monuments aussi prestigieux que des églises, que cela me rapproche de l’islam, de l’idée d’un Dieu unique tellement l’endroit est spirituel.
Musée du Bardo

Quand j’arrive, je leur explique, en discutant avec Bilal, que ce n’est pas en visitant une église qu’on va renier sa religion. De plus, on n’est pas venu pour faire du prosélytisme et tromper Allah avec Jésus. Bilal qui a une influence certaine sur tous les autres membres du groupe semblait être convaincu. Ils sont tous finalement rentrés mais cet épisode a permis de comprendre que ces jeunes ne font confiance qu’à une personne qui leur ressemble.
Ce qui est dommage parce que cela me gêne par rapport aux autres tuteurs mais me flatte en même temps parce que ces lycéens me font confiance. Après tout, ils me considèrent comme un exemple pour eux. Le grand frère qui réussit et qui va devenir ingénieur. Cette reconnaissance et confiance dans une personne de la même religion et de la même couleur me fait penser au système américain. Les policiers latinos qui discutent avec les témoins latinos. Les professeurs noirs qui ont plus de connexion avec les élèves noirs ... On a beau critiqué les USA, mais n’empêche, que cette technique marche.
Autre exemple qui montre que ces jeunes sont ouverts et tolérants c’est une discussion que j’ai eue avec Bilal en présence de ses trois amis. Nous parlions de l’origine de l’interdiction du porc dans le Coran. J’ai expliqué que cette interdiction vient du fait qu’à l’époque en Arabie, il était difficile de conserver la viande faute d’existence de moyens efficaces de la protéger comme les réfrigérateurs modernes. Du coup, cette interdiction devient caduque aujourd’hui puisque la viande porcine est protégée et bien conservée. C’est simple, si le coran paraissait aujourd’hui, avec les problèmes de la grippe aviaire, on aurait interdit le poulet (le drame !) et non le porc.

Il y a des versets qui sont là parce qu’ils ont guidé les premiers pas des croyants musulmans et qui concernaient directement leurs vies de tous les jours. C’est seulement pour défendre le bien être et la santé des humains. Et il y a d’autres versets qui sont valables quelque soit la période.
Autre thème abordé lors de cette discussion : la viande hallal. Si on n’a pas les moyens physiques et financiers de manger la viande hallal, il est normal qu’on puisse manger de la viande non hallal. Je ne vais pas voyager pendant une heure en bus pour aller au centre ville, converger vers le quartier arabe, acheter de la viande hallal à des prix exorbitants pour un étudiant et rentrer. Bilal et Fouad était très convaincu. Jalal et Sahbi se contentait de suivre.
Hélas, la pression familial détruit tout ce qu’on essai de construire. Jalal par exemple, nous a confié qu’il ne va pas raconter à ses parents qu’il a visité une église sinon « [Il] ne rentrerait pas chez [lui] ce soir».
Deuxième épisode qui a eu lieu lors de cette rentrée montre que la pression familiale est souvent plus forte que l’identification à un tuteur. Bilal et Jalal ne sont plus dans le programme : pour des raisons purement administratives, ils se retrouvent exclus du dispositif censé agir contre les exclusions. Malheureusement, la bureaucratie connait ses raisons que ceux qui la subissent ne comprennent pas. Un été s’est écoulé depuis le premier incident et cette fois, grâce à l’invitation de Jean Marie Cavada du Modem, nous sommes partis pendant trois jours à Strasbourg pour une visite au parlement européen.

Nous avons profité de cette visite pour faire ce qu’on était désormais habitué à faire : visiter les musées et monuments de la ville. Le plus naturellement du monde, nous avons mis dans notre parcours la célèbre cathédrale de Strasbourg. Mais, voilà, Sahbi cette fois a mis les points sur les i depuis le départ : il ne rentrera pas. De plus, il a demandé exclusivement des repas végétariens. Je n’ai rien contre les végétariens, mais on sait bien que pour un musulman, végétarien signifie impossibilité d’avoir un repas avec viande hallal.

J’essaie donc de discuter avec lui, pas longtemps certes, mais je me heurte à un mur.
« Ma mère a dit qu’il était interdit de le faire.
- Et si ta mère te dit de ne pas jouer avec ta PSP, tu vas le faire quand même ?
- Euh … mais c’est pas pareil ! Là c’est la religion. »
Tous les arguments ne marchent pas : même le fait qu’on ne va pas prier n’a pas pesé. Ce n’est plus seulement d’intolérance par rapport aux autres religions qu’il s’agit mais d’une ignorance de ce qu’est l’Islam !
Dans aucun passage du coran n’existe l’interdiction de rentrer dans une église. Je regrette après coup de ne pas avoir pu le convaincre, car je viens de découvrir ce hadith du prophète :
« On m’a donné cinq choses qui n’avaient été données à personne avant moi,» et parmi ces cinq choses, il cita que la Terre « m’a été assignée comme un lieu de prière et de purification. Dès lors que l’heure de la prière arrive, il faut donc l’accomplir. » (3)
Donc, une église qui se situe sur la terre peut même servir d’endroit de prière pour un musulman!!! Le pire dans l’histoire, c’est que ce comportement est irrespectueux envers les tuteurs, l’un d’entre eux a été obligé de rester dehors avec lui alors qu’il aurait bien aimé y rentrer et visiter. Mais envers l’organisatrice du programme aussi : elle qui a effectué toutes les démarches administratives et financières pour que les lycéens puissent voyager en avion pour la première fois de leurs vies pour la majorité.
Fouad, quand à lui, a fait l’effort de rentrer dans l’église. Il s’est senti mal à l’aise et a dû sortir à un moment, mais il a quand même pris la peine de respecter le groupe.
Pourtant, quand il a appris que Sahbi n’était pas rentré, il a culpabilisé et a cru être moins bon musulman. Du coup, lors du déjeuner, il a demandé un repas végétarien alors que durant tous les autres repas, il a mangé de la viande « normale ». Et c’est bien là que le bat blesse, car, l’influence de ce geste se répercute sur tous les musulmans. S’il y en a un qui commence à faire du zèle, les autres se sentent obligés de l’imiter pour qu’ils n’aient pas l’impression de renier leur religion.
Je me pose énormément de questions sur mon échec de faire rentrer Sahbi la deuxième fois dans l’église.
Est-ce que l’absence du leader Bilal (avec qui j’avais le plus d’affinité) a pesé ?
Peut être que le fait que j’assume l’entrée sans réflexion dans l’église lui fait croire que je ne suis pas un bon musulman ?
Mais ce n’est pas fini, la prochaine séance de tutorat, j’apporterai le hadith pour Sahbi, on verra sa réaction …
Cependant, il est à noter que les filles musulmanes du groupe n’ont pas réagit de la sorte. Ceci confirme donc que les musulmanes s’intègrent mieux que les musulmans dans les sociétés occidentales. Elles se retrouvent en France, pour la plupart (mais pas toutes), libérées de l’emprise de l’Homme maghrébin et peuvent ainsi vivre leurs vies comme elles l’entendent.
Si on résume donc, une vision erronée de l’Islam, qui induit un comportement de ces jeunes qui est mal vu des autres. Et une influence étendue à tout le groupe si un individu se lève et refuse de « capituler ». Une auto exclusion sur un critère religieux vient donc s’ajouter à l’exclusion sociale, et franchement ces jeunes n’en ont pas besoin. Si des jeunes issus de la 4ème génération restent bloqués sur ces doxas religieuses qui sont faux en plus, je ne vois pas comment on peut les faire évoluer pour intégrer le sillon de la république et leur faire comprendre le principe de la laïcité.
Il faut quand même relativiser pour le cas de Bilal, Jalal, Sahbi et Fouad. Car, eux, ils sont sur le bon chemin et font de bonnes études.
Mais qu’en est il des autres jeunes de banlieue empêtrés dans le chômage et ayant quitté tôt l’école ?
De plus, il existe certainement des milieux familiaux plus durs et encore plus orthodoxes.
Ce sont des signaux inquiétants. Si en 2007, on hésite encore à entrer dans une église, il faut réfléchir à faire évoluer l’islam et que les musulmans arrêtent de prendre cette position victimaire. Tout le monde a des handicaps dans sa vie, à nous de les surmonter et à aller de l’avant !
Bayrem.
_______
(1) Un fils de cadre a dix fois plus de chance d'intégrer une grande école qu'un fils d'ouvrier.
(2) Les prénoms ont été changés.
(3) Lire cette question posée sur Internet par un croyant à un docteur en théologie : « La prière du Musulman est-elle valable s’il l’accomplit dans une église et qu’il ne trouve pas d’autre endroit pour l’accomplir, s’il se trouve par exemple dans un pays européen ? »
Réponse du Docteur Yûsuf Al-Qaradawî : ‘’Toute la Terre est considérée comme un lieu potentiel de prosternation et de prière pour le Musulman. Néanmoins, il vaut mieux s’éloigner de ces endroits (les églises) par crainte de l’équivoque.
`Umar, que Dieu l’agrée, avait failli prier dans l’Eglise de la Nativité. Lorsqu’on lui avait dit : « Prie », il répondit : « Non, je ne prierai pas ici, pour que les Musulmans qui viendront après moi ne disent pas : "`Umar avait prié ici", et convertissent cette église en mosquée. »
Ainsi, il a attribué le fait de ne pas y avoir prié à la crainte que les Musulmans puissent un jour causer un tort à l’encontre des Chrétiens et non au fait qu’il s’agit d’une église.’’
Donc, c’est clair ici : il ne s’agit même pas de rentrer dans l’église qui pose problème. Mais d’y prier. Umar, une des rares personnes ayant vécu avec le prophète, montre que c’est pour protéger les chrétiens qu’il n’a pas voulu prier dans une église.
On peut en déduire qu’il n’est pas interdit de rentrer dans une église !
19:10 Publié dans Religion | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : islam, jeune banlieue, immigration, église, strasbourg, cathédrale