18.09.2008
"Un tout à l'égout pour moi"
Je parle de sa belle maman. Il a accepté de lui filer un coup de main concernant un problème de la plus haute importance.
En effet, le canard du 16 Août dernier avait déjà révélé que Sarko a accompagné sa belle mère à ... la réunion des copropriétaires du cap nègre. Ce qui devait être un banal bras de fer entre copropriétaires se transforme en une affaire d'état.
Sans entrer dans les détails, ces charmants riches se bagarre sur une histoire d'équipement de ce lotissement d'un réseau collectif du tout-à-l'égout.
La belle maman est partisante de ce tout à l'égout, ce qui n'est pas le cas d'autres copropritaires qui trouvent la facture salée et qui ont monté une association de défense (anti tout-à-l'égout).
En fait, ils s'en branlent complètement : ils ne veulent pas payer. C'est marrant d'ailleurs, plus tu es riche, moins t'as envie de dépenser...
Passons.
Super Sarko débarque donc dans une réunion "anonymement" accompagnant la mère de sa femme. Il promet de résoudre le problème et s'y engage en portant sa casquette NY-PD de président.
C'est là le scandale : comment un chef d'état engage un pays entier dans une histoire digne d'un reportage de Julien Courbet ?
Le pire c'est que là au moins, il tient sa parole et a dépêché pour la réunion suivante le préfet ainsi que le maire UMP du coin. Sa proposition pour calmer les anti-assainissements : que l'état finance à hauteur de 50-70% la construction.
Je lance donc un appel à tous les lecteurs : vous avez un problème avec vos fosses sceptiques ? Une seule solution : appelez, Mr Propre* !

* : sait aussi manier le kärsher...
00:14 Publié dans Politique française | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, carla bruni, canard enchainé
05.09.2008
Visite d’accueil à l’ANAEM : Le sketch n’a pas eu lieu
Je veux présenter ce témoignage pour que les gens se rendent compte de l’effort que doivent faire les immigrés et le parcours du combattant qu’ils doivent traverser pour être dans les règles. On croirait que tout est devenu plus facile pour les cadres (Bac + 5 ou plus), ceux qui font partie de l’immigration « choisie ». Certes, au niveau salaires et embauche, il n’y a pas de souci à se faire, mais au niveau des démarches au près de la préfecture : c’est une toute autre histoire …
Cela fait 7 ans que je suis en France. Peu importe ! Quand on change de statut d’étudiant immigré à salarié immigré, il faut refaire toutes les procédures administratives et passer donc par la visite d’accueil à l’ANAEM(1). Ce qu’il faut savoir c’est qu’en tant qu’étudiant étranger, on dispose d’un titre de séjour provisoire renouvelable d’une année. Ce titre de séjour permet de travailler à mi temps(2) mais interdit d’occuper un emploi à plein temps.
La visite d’accueil fait partie d’un long processus pour confirmer son changement de statut d’étudiant vers salarié. Cela peut se comprendre du point de vue de l’administration française : en tant qu’étudiant, il n’est pas sûr que l’immigré reste en France. Là, s’il fait cette démarche, on est presque sûr qu’il va s’installer définitivement. C’est pour cela que le parcours a été particulièrement long et harassant.
Embauche à coup sûr
J’ai fait mon stage de fin d’année dans mon entreprise sachant que j’étais sûr que j’allais être embauché. En effet, dès la recherche du stage, il faut s’assurer d’une embauche au bout. Pour cela, j’ai dû refuser une offre de stage de AIRBUS malgré le prestige. Les recruteurs de AIRBUS m’ont assuré qu’il n’y avait aucune chance d’embauche en plein plan POWER 8.
Et comme je suis étudiant étranger, je ne peux me permettre ce risque. Faire un stage de prestige chez AIRBUS et se retrouver sans travail durant l’été peut s’avérer un piège puisqu’on peut se retrouver sans boulot et donc, sans aucun moyen de renouveler son titre de séjour en France.
La procédure de changement de statut est longue … très longue. Mon stage finissait Fin Juin, j’ai eu ma promesse d’embauche à la mi-Mai et c’est à ce moment là, qu’avec mon entreprise on a lancé les démarches. Pour vous donner un ordre d’idée, je vais recevoir ma carte de séjour durant la semaine prochaine. La procédure a donc duré un peu moins de 4 mois.
Je vous épargne les détails du dossier qu’il a fallu constituer mais ces quelques éléments sont à noter :
- L’entreprise pour engager un étranger pour la première fois doit s’acquitter d’une taxe de 1600€ pour la visite médicale à l’ANAEM.
- L’entreprise doit déposer une annonce à l’ANPE durant 3 semaines. Elle doit prouver qu’aucun candidat français ne sied au poste et que je suis leur dernier recours. Si un français se présente durant cette période, il faut lui donner la priorité sur ma candidature à compétence égale (même si j’ai fait 5 mois de stage et que l’entreprise est sûre de m’engager). Ce qui se passe concrètement, est que l’entreprise présente une offre de stage taillé sur mon profil.
Ce deuxième point est particulièrement injuste puisque le processus de sélection des candidats a déjà eu lieu lors des auditions pour les stages. Si j’ai été sélectionné, à compétences égales, entre 10 candidats dont 7 français et 3 étrangers, pourquoi refaire la procédure administrativement ?
Les moyens de contrôle ne s’arrêtent pas là puisque la DDTTEP(3) doit donner un avis favorable à mon embauche : ils épluchent mon parcours d’étudiant et vérifient si ma formation correspond bien à mon futur poste.
Autre point sensible de la procédure, le début de l’embauche. Vu que mon entreprise ne peut m’embaucher en tant qu’étudiant à plein temps, elle est obligée de faire autrement.
Du coup, la seule solution est de passer par un CDD qui durera 3 mois au maximum, le temps que j’ai ma carte de séjour salarié.
Cette longue procédure a donc des conséquences périphériques. Car, le CDD signifie pas de CDI avant 3 mois, et donc, des chances très faibles pour trouver un appartement. J’ai eu de la chance pour ma part puisque je vis avec unejolie française et que l’agence a accepté mon dossier. Ce qui n’est pas le cas de certains de mes collègues étrangers … Car, on ne peut rester indéfiniment dans les résidences étudiantes …
Finalement, pour comparer, mes collègues français ont eu leurs propositions début Juin. Ils ont eu le temps de réfléchir et surtout de chercher ailleurs pour trouver mieux. Pas de souci pour eux puisqu’ils ont commencé le 1er Juillet en CDI.
Attention : il ne s’agit pas pour moi de pleurnicher. C’est la règle du jeu : je comprends mieux le concept de travailleur immigré plus « servile ». Car avec toute la procédure à côté, je ne peux me permettre de chercher ailleurs, de faire monter les enchères au niveau salaire, de trouver une entreprise qui est prête à affronter cette procédure monstre… C’est une question de priorité.
Il s’agit juste de donner une idée.
Dernière étape : visite à l’ANAEM.
Cette visite est obligatoire pour obtenir son titre de séjour. Je me suis déplacé donc pour une demi-journée (que mon entreprise a dû libérer). J’y suis allé avec une certaine appréhension : surtout que les expériences des allées et venues vers la préfecture ne sont pas de tout repos. Car, en plus de la longueur de la file d’attente et du temps qu’il faut consacrer à, il y a une certaine ambiance oppressante à la préfecture. On est toujours sous le risque de tomber sur un agent zélé qui peut refuser votre dossier et vous obliger à des allés/retours qu’on ne peut se permettre en tant que salarié.
J’étais sûr que cette visite allait être un grand sketch bourré de clichés. Je comptais d’ailleurs m’en inspirer pour vous présenter ce témoignage écrire un sketch pour mon futur one man show.
Or … il n’en fut rien !
Première remarque : les locaux de l’ANAEM sont neufs et le bâtiment en lui-même est moderne. Nous sommes une quinzaine, ce qui contraste avec les centaines s’entassant à la préfecture. L’accueil est très agréable. Les sourires des agents qui nous accueillent rassurent. C’est un autre visage de l’administration française.
Deuxième remarque : les agents « clefs » sont des français d’origine immigrée ou immigrés eux-mêmes. Nous avons en face une France métissée : la chef de service est française à l’accent toulousain, d’origine nord africaine. La traductrice arabe est marocaine. L’assistante sociale a un charmant accent nordique.
Leur discours est un discours de bienvenue. Ils rappellent quelques principes de la république française : liberté, égalité, fraternité, laïcité. Tout cela dans le respect (loin de certains discours agressifs…).
Le parcours est simple : une visite médicale ainsi qu’une « audition » pour évaluer notre français. Mais d’abord place au … film d’accueil ! C’est la seule fausse note de cette visite.
Il y a certes quelques images agréables. Ce sont celles par exemple des manifestations ou du canard enchainé en train de se faire imprimer … C’est ce qui m’a fait aimer la France personnellement car elles illustraient la liberté d’expression, la liberté de se syndiquer et de protester…
Mais dans la majorité, le film était naïf et assez drôle.
Il explique le pays aux nouveaux venus. Je me rappelle de ce passage « La France est un pays attaché à sa culture » avec des images de vieux jouant à la pétanque !
Passons.
Juste après ce film, c’est au tour de la traductrice. Elle parle un arabe au fort accent … marocain ! J’ai mieux compris la présentation française que la présentation en « arabe ». Ce qui est assez choquant est que la traductrice a commencé son discours par « Mabrouk Ramadan ». Le joli discours de la laïcité tombe à l’eau dès le départ! Ce n’est pas parce qu’on était tous des maghrébins, qu’on est sensés être des musulmans. Mais c’est sûr que ce geste a été très bien accueilli par les autres.
C’est la discrimination positive ou plutôt, la projection dans des personnes qui nous ressemble par notre appartenance qui a mis tout le monde à l’aise (à part moi-même : je n’étais pas à l’aise avec le fait qu’il fallait nous parler en arabe, même si c’est « sympa »). Ce processus de communautarisme positif fait penser que l’administration l’utilise à son propre avantage.
Encore plus impressionnant, tous les postes clefs ont été choisis de telle façon qu’en face de nous se trouve une personne de la même origine. Le médecin par exemple, m’a parlé en arabe la majorité du temps.
J’ai été un peu choqué par cette façon de faire puisque je crois avoir compris les fondements de la république : il faut transcender sa communauté pour faire partie de la société. Or, en nous accueillant par des gens de notre communauté, on nous pousse vers celle-ci.
Mais je suppose que tout cela a été pensé pour que les nouveaux arrivants aient un premier contact positif et rassurant avec des français qui finalement … leur ressemblent.
Dernière étape est l’audition avec la chef de service pour l’évaluation de mes capacités linguistiques. Je craignais ce moment, non pas que j’aurai fait des « fote d’ortougrafe » mais j’aurais trouvé cela insultant de subir une dictée et une rédaction de CP…. Car, c’est ce qui est arrivée à d’autres collègues ayant fait la procédure l’année dernière …
Mais il n’en fut rien ! La chef de service était très accueillante et après les questions de routine, elle m’a vivement encouragé à « demander la nationalité ».
- Parce que je suis là depuis longtemps ?
« Oui mais surtout parce que vous êtes BAC + 5. Ne tardez pas à le faire ! »
Cette visite à l’ANAEM a été agréable et malgré les déboires de la procédure : c’est une bonne idée même si son concept reste très « américain ». C’est une méthode à la Sarkozy mais qui m’a agréablement surprise malgré quelques fausses notes …
Voilà, j’ai essayé de présenter ce témoignage de la façon la plus objective possible. Les faits ont été présentés et c’est à chacun de se faire son idée.
(1) ANAEM : Agence Nationale d'Accueil des Etrangers et des Migrations
(2) A noter que ce contingent d’étudiants arrivé avec un VISA d’étude n’est pas comptabilisé dans les statistiques du ministère concernant les immigrés qui travaillent.
(3) DTTEFP : Directions départementales du Travail, de l’Emploi et de la Formation Professionnelle
(4) A noter qu’en tant qu’étudiant, il était presqu’impossible d’avoir la nationalité. Toujours à cause du concept de titre de séjour « provisoire ».
00:34 Publié dans Politique française | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : immigration, sarkozy, hortefeux, tunisie, maroc, ramadan, toulouse
25.08.2008
Témoignage sur la Tunisie de Ben Ali
Je remets le témoignage sur la Tunisie : un article que j'ai perdu mais que j'ai publié sur Agoravox.
Bonne lecture !
Ces derniers jours, un groupe de touristes français a visité la Tunisie tout en étant médiatisé. Mes deux présidents se sont enfin rencontrés en Tunisie sous un beau soleil et leur entente fait plaisir à voir : Sarkozy tombe sous le charme de Ben Ali et va jusqu’à déclarer qu’il est venu « en ami ». Un ami ne peut pas critiquer son hôte qui lui a offert le gîte et le couvert ! On reconnaît là une certaine vision : exactement pareil, je ne peux me permettre en tant qu’immigré tunisien, reçu en « ami », de critiquer la France...
Trêve de plaisanterie, il est venu le moment pour moi de faire mon coming out de Tunisien ayant vécu sous une dictature. Depuis que j’ai appris à écrire, je n’ai cessé de penser à ce témoignage que je voulais partager. Il était impossible pour moi de l’écrire en Tunisie bien évidemment puisqu’il ne pouvait être publié ni sur le net ni sur un quelconque journal.
Je suis en France depuis sept ans : pourquoi alors ne pas avoir présenté ce témoignage dès mon arrivée ?
D’abord pour des raisons purement financières : je suis boursier du gouvernement tunisien à 50 % (les deux dernières années je suis passé à 100 % mois pour des raisons qui seront expliquées plus tard...). Je ne pouvais me permettre de perdre cette bourse vis-à-vis de ma famille qui n’avait pas les moyens de financer mes études à l’étranger. Car, il ne faut pas se faire d’illusion, critiquer le régime vous vaut la suspension de votre bourse. Aujourd’hui, je vais acquérir mon indépendance financière et je peux enfin « acheter » ma liberté d’expression en tant que Tunisien...
Ensuite, tout simplement, la peur : la peur de ne plus pouvoir rentrer en Tunisie, la peur de décevoir des amis tunisiens qui préfèrent ne pas en parler en public, la peur de trahir la Tunisie et les Tunisiens en exposant publiquement cette critique... Cela peut paraître comme étant de la lâcheté, mais je vais me racheter avec ce témoignage.
Un matin de 1987...
J’avais 5 ans à l’époque. J’étais dans la chambre de mes parents quand notre oncle a déboulé avec la nouvelle : « ça y est, Bourguiba a été destitué ». Je n’ai pas compris ce que ça voulait dire sur le moment, mais je sentais que c’était un événement historique. J’ai commencé alors à crier ma fidélité à Bourguiba, puis cinq minutes plus tard à Ben Ali : le cheminement logique de tout Tunisien en somme !
Bref, j’étais content de cette nouvelle, même si je ne savais pas ce qu’elle voulait dire !
Je me rappelle vaguement de ma mère qui a versé des larmes et de mon père qui la rassurait en lui disant que c’était plutôt une bonne nouvelle.
Mon père est ingénieur centralien qui a fait ses études en France dans les années 70 (il a même fait partie de Mai-68). Il est revenu en Tunisie à la fin de ses études pour des raisons familiales et a occupé des postes dignes de sa formation au départ. Il était directeur à la SNT (Société nationale des transports). Il pouvait gravir les échelons comme il l’aurait souhaité s’il avait pris la carte du parti unique au pouvoir. Ainsi, il aurait assuré son confort financier pendant des années en étant un PDG d’une grande entreprise nationale. Ou même ministre pour trois de ses collègues de la même promotion de Centrale Paris.
Il a même fait pire : en 1982, lors des émeutes du pain, il a pris parti pour les ouvriers et s’est fait condamné lors du procès des militants de la gauche tunisienne. Depuis, ses rapports avec les autorités étaient conflictuels. Il a toujours critiqué la façon dont était menée la politique économique dans la Tunisie de Bourguiba.
Peut-être, qu’il a vraiment cru en novembre 1987, comme tous les Tunisiens, qu’il pouvait exprimer ses idées politiques sans que cela n’interfère avec sa vie professionnelle comme cela a été le cas dans la Tunisie des années 80.
A la radio, notre nouveau président nous promettait démocratie, pluralisme et liberté !
Les années se succèdent et se ressemblent
Les jours qui suivirent, je n’arrêtais pas de découper toutes les photos des journaux de l’époque de notre nouveau président et de les coller aux murs de ma chambre. J’étais vraiment heureux comme un enfant de 5 ans qui voulait s’approprier un événement qui lui échappe.
A l’école, j’avais participé à tous les concours de dessin qui mettaient en gloire le 7 novembre 1987. Le summum a été atteint quand j’avais 10 ans et quand j’avais appris par cœur le fameux discours de notre président ! Quand je le récitais, je le faisais même en imitant la voie du président devant ma mère morte de rire ! Ce dont je me gardais de faire à l’école inconsciemment.
Durant ce temps-là, mon père continuait à travailler et espérait être reconnu à sa juste valeur par les autorités. Car, durant cette époque, les plus grandes entreprises étaient publiques et le gouvernement décidait des nominations...
Il voulait être reconnu pour son travail (il a quand même construit 15 000 logements sociaux). Une nouvelle proposition lui a été faite d’intégrer le parti, mais il a refusé. Il n’acceptait de sacrifier ses idées ni de se mettre en veilleuse pour passer sous silence des affaires de corruption...
Entre-temps, ses collègues de promotion furent récompensés puisqu’ils ont juré fidélité au nouveau président. Mon père avait un salaire correct, nous vivions dans un quartier très huppé de la capitale (El Manzah) et nous avons une belle et grande maison que mon père a fini de rembourser au bout de vingt ans. Tout cela pour dire que, malgré tout, mon père a réussi son début de carrière malgré les ennuis.
La traversée du désert de mon père
A partir de 1994, le régime se crispe. Ben Ali a organisé des élections où il était le seul candidat. C’était pour moi l’heure de vérité et de la grande déception : je me rappelle qu’on venait juste d’installer la parabole et qu’en plus d’Antenne 2 et Rai Uno, on pouvait accéder à des informations libres ! Le premier reportage qui avait mis la puce à l’oreille au pré-ado que j’étais devenu est celui de la chaîne Euronews. Sur le ton de l’ironie, elle présentait ces élections « démocratiques » dans laquelle se présentait un seul candidat et qui a été élu à 99 %...
Mon père commence à pointer du doigt des dysfonctionnements qui était liés à la corruption au sein de la SPROLS (Société de promotion des logements sociaux : la société qui gère les HLM tunisiennes).
Il n’a cessé de les dénoncer auprès de son PDG qui s’avère être un proche du régime et organisateur de ce grand mic mac !
A cause de ses gesticulations, mon père se fait muter à l’Office nationale de l’huile. Là aussi, il n’a pas les promotions qu’il mérite pour un centralien. Un certain Tlili (candidat à la présidentielle de 1999) était alors PDG et a tout fait pour bloquer l’ascension de mon père. Je me rappelle de cette anecdote. Une fois, lors d’une confrontation, mon père lui a dit que quoi qu’il décide « le destin sera du côté des bons ». Tlili lui a répondu : « Tu peux garder le destin de ton côté, moi j’ai Ben Ali avec moi ! ». Aujourd’hui, il est en train de croupir en prison après que « son ami Ben Ali » a décidé de se débarrasser de lui...
C’est tout ce système mis en place par les proches du régime et avec la bénédiction du président qui a coûté à mon père sa carrière d’ingénieur et grand cadre du pays.
Il a été bloqué dans sa carrière et sa traversée du désert commença pour durer jusqu’à sa retraite en 2002.
Même si, au niveau financier, notre famille n’a pas eu le confort d’un cadre centralien, on avait bien vécu et ses ressources financières nous ont permis de manger à notre faim (Oh le couscous de ma mère !). Ma mère en a souffert même si elle travaillait de son côté en éduquant les petits bambins au jardin d’enfant. En fait, elle ne pouvait accepter qu’à compétences égales on n’avait pas le même train de vie que les collègues de mon père. Ceux-là même qui accumulaient voitures et chauffeurs ainsi que des vacances aux hôtels les plus huppés du pays. On n’avait pas les moyens de se les payer. Elle a reproché à mon père sa décision de ne pas rejoindre le parti, mais elle l’a toujours soutenu dans sa démarche.
Surdiplômé sous-employé
Du coup, quelle carrière a eu mon père ? Un poste de directeur « conseiller » au sein de la SPROLS. En fait, les autorités voulaient que mon père lâche prise et laisse tomber ses idées pour qu’il rentre dans le rang. Mais il n’a pas lâché et a tenu le coup pendant dix ans.
Alors, que faisait mon père durant toutes ces années au boulot ? Quasiment rien ! Il partait au boulot à 10 heures et revenait à midi. L’après-midi, il n’y restait qu’une heure au plus !
Quel gâchis ! Une fois, il m’a raconté que comme on ne le laissait pas travailler, la SPROLS patinait et des projets prenaient du retard à cause des personnes « encartées » incompétentes, pourtant haut placées dans l’entreprise.
Un exemple frappant était celui d’erreurs de conception d’appartement de HLM qui faisait perdre des semaines au projet. Il s’y est penché en une après-midi et a fini de résoudre ce problème alors que les autres y ont passé des semaines !
Le plus grand perdant dans cette histoire n’est pas mon père, mais la Tunisie. Car, en l’empêchant de travailler, le pays ne progresse pas. Et je suis sûr que le cas de mon père n’est pas isolé. Si tous ceux qui ont des responsabilités dans ce pays doivent être encartés, ça laisse de côté de nombreuses personnes surdiplômées et qui auraient fait passer la croissance du pays de 6 points par an (officiellement) à 10 !
Car, avec toutes les affaires de corruption, de vol, de censure de tous les talents de ce pays, la Tunisie réussit quand même à s’en sortir économiquement (du moins officiellement).
Quant à la Tunisie de Ben Ali, elle te met au ban de la société si tu n’es pas un fervent supporter du président et que tu ne fermes pas ta gueule. Les journaux se sont mis au pas. Personne ne critique le président. Le quotidien La Presse met toujours notre président sur sa une. Tous ces gens n’arrêtaient pas de nous expliquer que nous vivions dans une démocratie formidable, que le président faisait progresser l’espace des libertés alors que je voyais le contre-exemple de mon père !
Ma mère m’a transmis son humour, mon père son amour de la liberté d’expression et du débat.
Cette soif de débat, de liberté d’expression, d’idées, je l’ai assouvie en suivant la vie politique... française ! Comme de nombreux Tunisiens, j’ai déplacé cette envie de liberté et ce vide démocratique vers la France. Je ne comprenais pas pourquoi la Tunisie ne pouvait m’offrir une émission des Guignols comme celle de Canal+ !
Jacques Chirac, le président français aux Guignols ! Cela me paraissait le summum de la liberté d’expression !
Et pourquoi nous, on ne peut pas mettre Ben Ali dans nos Guignols à nous ?
Bien évidemment, la liberté d’expression ne s’arrête pas là. Car, quand j’ouvrais le journal La Presse, il n’y avait que la propagande officielle. J’ai alors noyé mon chagrin dans le football où l’espace d’expression était plus large...
Pour conclure cet épisode, j’ai énormément appris de mon père : quel meilleur exemple d’intégrité que celui d’une personne qui refuse de fermer les yeux au prix de son confort personnel ? De sa carrière professionnelle ? Je suis fier de mon père et de sa grande gueule !
Alors, quand Sarkozy débarque en Tunisie pour nous dire que tout va bien dans le meilleur du monde tunisien...
La suite dans le prochain épisode...
20:52 Publié dans Tunisie | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : tunisie, ben ali, sarkozy, immigration, dictature, démocratie