25.09.2007

Réactions à la lettre ouverte à Brice Hortefeux

J’ai réussi à publier cette lettre sur le site Agoravox « le média citoyen ». C’est mon premier article accepté et pour un buzz, il y en a eu un ! 240 commentaires (à lire ici http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=29237) et plus de 300 commentaires si on compte les commentaires modérés.

 

Je vais donc vous exposer les différentes réactions positives ou négatives et pouvoir ainsi répondre à toutes les questions et surtout critiques pour mieux expliquer ma démarche.

 

6b5ed3b34806eef8a9aa6c20d631c8c5.pngLe premier type de réactions auxquelles je m’attendais ont visé ma légitimité à m’adresser à un ministre de l’état français. Qui suis-je pour oser poser des questions à un représentant d’un état qui m’a accepté sur son sol ? Sur la forme, il y a eu bien évidemment les réactions racistes qui ne dépassait pas le « Tu n’est(1) pas chez toi, casse toi » ou « C’est pas ton pays, t’as rien à demander ». 

 

 

Sur ce point je ne peux pas répondre à des prises de position aussi hystériques. Sur le fond, c’est une critique qui m’a été faite non seulement par les « français » mais aussi par certains de mes compatriotes. C’est une réaction similaire à celle778218b0011be66155b4c461e95d9faa.jpg de notre première génération d’immigré. On n’est pas chez nous ici, alors cela ne nous regarde pas. Je me rappelle d’un étudiant marocain(2) qui m’a engueulé parce que j’étais allé manifester contre l’arrivée au deuxième tour de Le Pen(3). Sa critique est simple : ce n’est pas mon pays, c’est « leur » problème.

 

« Même si tu vas vivre toute ta vie ici ? » lui ai-je demandé.

« Non, je vais rentrer au Maroc dans quelques années… » Et pourtant, ces personnes ne rentrent jamais chez elles même après une longue période. Quel est donc le sens de ce genre de réactions ?

 

Je pense que plusieurs immigrés (étudiants ou autres) me voient comme un traître à ma culture, un traître qui a tourné sa veste, un traître à la Eric Besson qui ne respecte pas ses propres convictions et qui tourne son dos à son propre pays. Pourtant, je ne fais pas le faux cul comme certains qui se disent musulmans alors qu’ils sont les premiers à se mettre minables dans les soirées.

 

Quand on s’ouvre à une culture différente de la sienne, cela ne veut pas dire qu’on renie ses origines. Au contraire, c’est en partant à la découverte de l’autre que cela peut nous renseigner sur notre propre culture.

 

be6927a610b59650e6dca349a6d5db93.jpgJe le dis, je l’assume : ce n’est pas parce que je mange du porc que je n’ai renié ma culture musulmane, ce n’est pas parce que je vis avec une française et que je ne vais certainement pas me marier avec une fille du pays que j’ai jeté ma part de tunisien(4). D’ailleurs, c’est la personne avec laquelle je vis actuellement qui m’a expliqué que mon acquis culturel est semblable à une boite. En y ajoutant une autre culture elle ne va pas remplacer la boite qui existe, mais la compléter et cohabiter avec elle. Et comme par magie la boite s'agrandit...

 

Le deuxième genre d’interventions a ciblé le fait que je m’adresse à un ministre français pour quémander ma dignité. Autrement dit : pourquoi « j’ose » envoyer une lettre à un état démocratique et pas à mon propre pays ? Ce n’est ni une question de peur (quoi que…) mais de priorité. Aujourd’hui, j’ai senti ce besoin de critiquer une loi française. Demain, ça sera une autre paire de manche.

 

Finalement, sur le contenu, je n’ai pas eu beaucoup de retour. Une des seules critiques qui m’ont fait réfléchir est celle sur l’incohérence dans mon raisonnement. J’argumente pour le co-développement avec l’autre rive de la méditerranée, je m’oppose à l’immigration choisie et pourtant j’en suis le contre exemple parfait.

 

J’avoue que ça peut prêter à confusion que je demande d’aider le pays de départ en restant ici alors que je suis un ingénieur. La Tunisie aura-t-elle plus besoin de moi que la France ?

 

Sur ce point, je veux bien répondre. Mon choix de vouloir rester en France est lié au fait que (sans vouloir me la jouer Einstein) comme plusieurs de mes compatriote, je suis « sur diplômé » par rapport à mon pays.

 

Un ingénieur Génie Civil ou Génie Mécanique, avec ses compétences, a plus de chance d’aider la Tunisie ou le Maroc. Mais ma branche de mathématiques et modélisation n’apportera rien si je rentre.

 

Je ne me vois pas en train de faire du code à Tunis pour optimiser les trajets des bus de transports public : prendre ce problème scientifiquement est très difficile.9262cb8e63ddc6244ace914ca8f09868.jpg Peut-on aider les bus jaunes surchargés qui dépassent tout entendement niveau sécurité, niveau poids du bus, sa vitesse, son horaire exact.. Ce n'est pas pour mépriser mon pays ou quoi que ce soit, c'est juste que les conditions de travail ne sont pas réunies.


 

A part les réactions négatives, il y a eu de nombreux encouragements, mais comme ce n’est pas le genre de la maison de s’auto congratuler, je vous laisse les découvrir sur le site.

 

Pour conclure, le buzz a bien eu lieu sur le site d’Agoravox et sur le blog, mais je ne me prends pas la tête et j’espère que vous aurez encore plus d’articles toujours aussi engagés.   

 

 

 

 

 

  1. L’orthographe est exactement le même …
  2. En même temps, la même personne m’avait dit qu’il ne peut pas se permettre de juger Ben Laden parce qu’il ne le connaît pas personnellement. Donc, on ne peut pas se fier aux faits et à l’histoire pour juger un personnage ? Comme si, je ne peux pas juger l’action de Sarko parce que je ne le connais pas ???
  3. Après coup, je regrette vraiment ces manifestations monstres contre Le Pen. J’ai l’impression qu’on a été tous manipulé. Bien évidemment il n’aurait pas pu gagner les élections, mais autant de personnes dans la rue contre un choix démocratique, avec du recul, je me pose des questions…
  4. Encore du buzz que je fais : bientôt, un article sur comment la révolution sexuelle peut-elle  faire évoluer économiquement les pays musulmans …

Commentaires

A chaque fois que tu prendras position pour quelque chose tu trouveras coincés entre les "infra" qui ne veulent surtout pas émerger du troupeau et les "ultra" qui te traiteront de tout les noms pour peu que tu développes une argumentation sensée et rationnelle...

Dieu que je déteste les "qui tu es pour ouvrir te gueule"!!!

En tout cas 300 commentaires ça montre que ta lettre a fait réagir!
Comme quoi finalement tu as bien fait de la poster...

Sinon pour les études et le retour au pays, c'est évident que la Tunisie n'offre pas tout les débouchés immaginables loins de là...
En fait, c'est un arbitrage à faire: faire des études qu'on apprécie où se laisser une fenêtre d'opportunité pour pouvoir rentrer un jour... dans tout les cas cela doit rester un choix personnel!!

L'immigration choisie....en lisant ton post je dirais co-immigration choisie. Il y a des étudiants Tunisiens qui n'ont pas d'opportunité en Tunisie et d'autres qui sont importants pour les développement du pays.
Dans ce cas là "l'immigration choisie" devrait être le fruit d'une concertation entre les deux parties concernées (Tunisie et France par exemple) pour savoir quels emplois ou quels types de diplomes seraient concernés...

Une idée parmis d'autre quoi...

Écrit par : Elyes | 26.09.2007

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